jeudi 24 avril 2014

La cosmologie deviendra t-elle un culte (dans 100 milliards d'années) ?


"C'est une bien faible lumière qui nous vient du ciel étoilé. Que serait pourtant la pensée humaine si nous ne pouvions pas percevoir ces étoiles ?" - Jean Perrin
Il est deux choses au monde qu'il m'est très difficile de cacher en public : mon amour immodéré pour les pâtes au Pesto, et mon admiration sans borne pour la cosmologie, la science qui étudie l'univers dans sa globalité. Cette dernière ne cache pas son ambition : apporter des éléments de réponse à des questions aussi vieilles que l'Humanité elle-même. Quelle est la structure de l'univers ? Quelle est son histoire ? Est-il fini ou infini ? A t-il eu un début ? Aura t-il une fin ? D'où venons-nous ? Où allons-nous ? Quand est-ce qu'on mange (des pâtes au Pesto) ?

Pourtant, si le questionnement qu'elle apporte est intemporel, son arrivée dans le monde des sciences ne s'est faite que très récemment, à partir du siècle dernier ! Mieux encore, les vingts dernières années ont connu une véritable révolution dans notre connaissance de l'évolution de l'univers. On étudie la carte de la première lumière qu'il a émis, on trouve les traces gravitationnelles des premiers instants de son histoire... Nous sommes réellement entrés dans un âge d'or de la cosmologie. Mais je ne pense pas que vous saisissez encore à quel point. Car cet âge d'or se mesure non seulement à l'échelle de notre histoire, mais aussi à l'échelle de l'histoire même de l'univers ! (Si si)

Des premiers mythes de création du monde aux plus récentes avancées scientifiques, l'histoire de la cosmologie constitue sans doute le plus grand édifice intellectuel de tous les temps. Aujourd'hui je vous emmène à la découverte de cette histoire, dans une odyssée à travers nos conceptions de l'univers. Un voyage de plus de 100 milliards d'années au bout duquel nous attend une terrible question : et si ce bel édifice finissait par s'écrouler ?

Le temps des cosmogonies

"L'univers, c'est un livre, et des yeux qui le lisent." - Victor Hugo

L'univers n'est pas venu avec un mode d'emploi. Pour survivre à l'enfance de notre espèce nous avons du apprendre les règles qui le régissent, et transmettre ces règles de générations en générations. Le fait de nous raconter des histoires nous a certainement donné un avantage évolutif. Grâce à elles, nous pouvions visualiser mentalement des endroits parfaitement inconnus, en évaluer les dangers et en imaginer les trésors. Nous sommes donc passés maîtres dans l'art de conter.

Chaque culture a sa propre cosmogonie, sa propre histoire de la création du monde. Ces histoires nous rassurent. En tant que premières tentatives de réponse au grand mystère de l'ordre du monde, elles font échos à notre quête de sens perpétuelle, et nous permettent de mieux appréhender l'univers en considérant notre place dans celui-ci. Pour certains, le monde a été créé en 7 jours par la volonté d'un Dieu tout puissant. Pour d'autres, il est issu d'un violent combat entre un super guerrier et un dragon à 3 têtes. Chaque conte est le reflet des valeurs des différentes sociétés humaines. Et il en existe des milliers, tous plus étonnants les uns que les autres. En parler de manière exhaustive mériterait tout un dossier...

Pour vous donner un exemple, j'ai choisi un conte que j'aime beaucoup, issus de l'une des cosmogonies chinoises. Cette histoire est très intéressante dans le sens où elle contraste énormément avec notre vision très occidentale qui place souvent l'Homme au centre du Tout.

Pan Gu : "Kaaaméé... Haaaamééé...HAAAAAA!"

L'histoire de Pan Gu est contemporaine de l'arrivée en Chine des premiers missionnaires bouddhistes, vers le 3e siècle après J.C. Connu de la majorité des chinois, ce conte est encore très vivant dans leur culture, et Pan Gu fait toujours l'objet d'un culte pour certaines minorités. Au cours des siècles, la légende de Pan Gu s'est transmise oralement, de villages en villages, au cours d'une scène qui devait ressembler à peu près à ça : imaginez vous dans un petit village chinois du 4e siècle après J.C. Au coin d'une rue, des enfant surexcités  s'amassent autour d'un vieillard à l'air débonnaire. Celui-ci leur avait promis un fantastique récit, et ils ne seront pas déçus...
"Avant que le Monde ne soit Monde, l'univers n'était qu'un vaste chaos informe, où Ciel et Terre étaient mélangés dans un œuf cosmique, soumis aux forces du Yin et du Yang. Au centre de cet œuf, le géant Pan Gu dormait d'un sommeil profond. Après 18 000 ans de sommeil, Pan Gu se réveilla et se mit à ordonner le monde. D'un violent coup de hache, il brisa l’œuf en deux. Le Yin trouble se déposa alors pour former la Terre, et le Yang pur s'éleva pour former le Ciel.

Mais la Terre était encore fluide, et le Ciel était encore bas, si bien que pour les empêcher de se mêler à nouveau, Pan Gu se dressa pour porter le Ciel à bout de bras et enfoncer la Terre sous ses pieds. Et il se mit à grandir, grandir, éloignant Ciel et Terre de 3 mètres chaque jour ! Ce travail pénible se poursuivit encore pendant 18 000 ans. Le Ciel était déjà très haut, et la Terre très profonde. C'est alors que Pan Gu, épuisé, trébucha et s'écrasa sur le sol.

Le choc fut si violent que ses yeux furent projetés dans le ciel. Son œil droit devint le Soleil, et son œil gauche la Lune. Ainsi périt Pan Gu. Mais à sa mort, son corps se transforma. De son souffle naquit le vent. Sa voix devint tonnerre. De ses os jaillirent des montagnes, et son sang se répandit en rivières. Sa sueur se changea en pluie, et les poils de sa peau se transformèrent en forêts. Quant aux hommes, il furent issus de la vermine disséminée sur son corps."

Le temps de la philosophie naturelle

"Je ne connais que deux belles choses dans l'univers : le ciel étoilé sur nos têtes, et le sentiment du devoir dans nos cœurs." - Emmanuel Kant
Au fil des temps, les grands penseurs de l'humanité se rendent compte que s'ils veulent vraiment comprendre le monde qui les entoure, ils doivent s'éloigner des mythes "officiels" et se mettre à étudier le cosmos de manière rationnelle, raisonnée. C'est donc en 1731 que des millénaires de questionnements sur la nature et l'évolution de l'univers sont finalement regroupés dans un terme : la cosmologie. Mais ce prototype de science n'a pas encore la forme qu'on lui connaît à l'heure actuelle. La notion même de "scientifique" telle qu'on la conçoit n'apparaît vraiment qu'un siècle plus tard. Au 18e siècle, science et philosophie étaient encore les deux faces d'un même outil, et la cosmologie était une branche de ce que l'on appelait la philosophie naturelle.

A cette époque, un chasseur de comètes français, Charles Messier, s'amusait à répertorier tous les objets du ciel profond qu'il était capable d'observer et qui sortaient un peu de l'ordinaire, afin de ne pas les confondre avec l'arrivée d'une nouvelle comète. Il consigna ses trouvailles dans un grand catalogue, dont la version finale contenait plus de 100 objets. Dans ce catalogue, très prisé des astronomes amateurs du monde entier, on trouve des tas d'amas d'étoiles, ainsi qu'un grand nombre d'objets plus diffus et nébuleux en forme de spirale, comme celui-ci :


La "nébuleuse" M31 telle qu'elle devait apparaître à l'époque à travers un télescope. Une grosse tache floue dégueulasse. Mais qu'est ce que ça peut bien être...?

Comprenez bien, au 18e siècle, nous sommes dans un monde qui ignore encore tout de notre voisinage cosmique. Le Soleil est toujours au centre de l'univers. En Angleterre par exemple, le grand "kiff" de l'époque consiste à accorder astronomie et théologie. Pour le théologien William Whiston par exemple, l'Enfer se trouvait... Sur les comètes ! Les âmes damnées devaient ainsi rôtir vives à chaque fois que celles-ci s'approchaient du Soleil, et souffrir d'un froid glacial à mesure qu'elles s'en éloignaient. Charmant. Alors dans ce contexte, ces nébuleuses aux formes bizarres, on n'avait aucune idée de leur nature...

Arrive un philosophe allemand du nom d'Emmanuel Kant. Oui le même Kant du cours de philo de M. Pichon au lycée. La théorie de la Connaissance, tout ça.
Il se trouve que Kant s'est beaucoup intéressé à l'univers. Il était en particulier un grand fan d'Isaac Newton. Ce dernier, une centaine d'années auparavant, accomplissait le plus grand bond intellectuel de son époque en expliquant le mouvement des planètes grâce à sa théorie de la gravitation universelle. Mais Newton voyait le système solaire comme déconnecté du reste de l'univers, les étoiles étant selon lui bien trop loin pour agir en quoi que ce soit.

Kant a pour ambition d'étendre la philosophie naturelle de Newton au delà des limites que Newton lui-même s'était fixé. Il a alors 2 idées géniales, qu'il publie dans un livre intitulé "Histoire générale de la nature et théorie des cieux". Il se dit, "si les lois de la mécanique obligent les planètes à tourner autour du Soleil dans un plan, et si ces lois sont valables partout (ce que laisse sérieusement penser l'appellation de gravitation UNIVERSELLE), alors pourquoi le Soleil lui-même ne tournerait-il pas dans le plan d'un énorme disque en rotation, oh je ne sais pas moi, LA VOIE LACTÉE PAR EXEMPLE ?" Première idée géniale. Mais Kant va encore plus loin. Il se pose la question suivante : que verrait-on si l'on pouvait sortir de la Voie Lactée ? "Et bien", se dit-il, "ça dépendrait de l'angle auquel on la regarde ! Si on la regarde par la tranche, on verrait une sorte d'ellipse, un ballon de rugby quoi (Kant était connu pour être un grand supporter des All Blacks). Par contre si on la regarde de face, on verra plutôt quelque chose de circulaire, comme... Comme un cercle quoi. Tiens, c'est marrant, c'est exactement ce qu'on observe dans les taches floues dégueulas... Oh putain... Ça voudrait dire... MAIS OUI MAIS C'EST BIEN SUR ! Ça voudrait dire que les nébuleuses que l'on observe dans le ciel sont d'autres assemblages d'étoiles en rotation autour d'autres centres que le centre de notre Galaxie ! D'autres univers..." Deuxième idée géniale.

Pourquoi géniale ? Parce que grâce à la théorie des "univers îles" de Kant, comme on l'a appelée par la suite, l'idée qu'il puisse exister d'autres mondes en dehors de notre Galaxie (sans intervention divine) est évoquée pour la première fois dans l'Histoire. Par la seule force du raisonnement. Sauf que... Sans moyen de vérifier de manière objective si son hypothèse est valide ou non, l'intuition visionnaire de Kant n'est rien de plus qu'une (très) belle expérience de pensée. Sa théorie des univers-îles va ainsi sombrer partiellement dans le mépris scientifique. Le fait que sa maison d'édition a fait faillite immédiatement après la parution de son livre doit certainement y être pour quelque chose...


Kant boude, parce qu'on ne croit pas à ses idées géniales. Il se vengera quelques centaines d'années plus tard sur vos sujets de philo au Bac.


Le temps de la cosmologie scientifique 

"L'histoire de l'astronomie est une histoire d'horizons qui s'éloignent" - Edwin Hubble

Les idées de Kant vont néanmoins faire leur petit chemin, pour refaire surface deux siècles plus tard au début du 20e siècle, jusqu'à devenir une préoccupation majeure de la communauté astronomique. En 1920 aux États Unis éclata un grand débat, savamment nommé... "Le grand Débat", pour savoir si oui ou merde l'univers s'étendait au delà de la Voie Lactée ! En d'autres termes, est-ce que les nébuleuses spirales appartenaient à notre Galaxie ou pas ? Oui on en était encore là. En 1920.

"Mais qu'est ce qui les empêchait de résoudre cette question une bonne fois pour toute ? Il suffisait de trouver la distance de ces nébuleuses, non ?" Bonne remarque, intervenant imaginaire, sauf que les distances, dans l'univers, ça ne se calcule pas avec un double décimètre. Et à l'époque, on n'avait aucune méthode assez précise pour les déterminer, ce qui était assez embarrassant. Jusqu'à ce qu'arrive Henrietta Leavitt à la rescousse.


Pauvre Henrietta Leavitt. Pas reconnue de son vivant, encore moins après sa mort, elle a pourtant eu un impact considérable sur notre compréhension de l'univers. Atteinte de surdité permanente à l'âge de 25 ans, elle se réfugia dans le silence éternel de ces espaces infinis et trouva un travail à l'observatoire de Harvard. Pas en tant qu'astronome, non, mais en tant que... Calculatrice.

Il faut bien se rendre compte que le monde de l'astronomie du début du 20e siècle était encore très hostile aux femmes et ces dernières n'étaient pas autorisées à toucher aux télescopes. A Harvard, le directeur de l'observatoire de l'époque, Edward Pickering, était persuadé que leur cerveau inférieur les destinait aux travaux répétitifs. Il avait donc pris l'habitude de ne recruter que des femmes dans son laboratoire afin d'effectuer ses taches ingrates. Et comme il les payait 2 fois moins cher que des hommes à travail égal, il pouvait donc en recruter 2 fois plus, ce qui avait valu à son laboratoire le surnom peu flatteur de "Harem de Pickering".

Une immonde raclure se cache dans cette image. Sauras-tu la retrouver ?

Travaillant gratuitement pendant près de 7 ans, Leavitt fut chargée de décortiquer des milliers de plaques photographiques pour déterminer la luminosité des étoiles dans les images astronomiques. Une classe d'étoiles variables, les Céphéides, l'intriguait particulièrement. Contrairement au Soleil dont la luminosité est constante, celles-ci émettent une lumière pulsée, de manière très régulière, de véritables phares cosmiques. En fait, la passion de Leavitt pour ces étoiles l'amena à faire une découverte fondamentale à leur sujet : plus ces étoiles étaient brillantes, plus leur période (le temps moyen entre 2 pics de lumière) était grande, selon une loi mathématique ! Il suffisait donc de connaître la luminosité de quelques étoiles de référence proches dont on connaissait la distance pour en déduire la distance de toutes les autres, en déterminant leur période !

La découverte de Leavitt allait changer le cours de l'Histoire. On avait à présent un moyen de connaître les distances des étoiles lointaines avec une précision inégalée. Sa méthode était si précise qu'elle fonctionnait même sur ces drôles de nébuleuses spirales...


Elle permit en particulier à un astronome américain, Edwin Hubble (oui, comme le télescope), de calculer pour la première fois en 1924 la distance entre la galaxie d'Andromède et la galaxie du Tryangle Triangle. Et celle-ci se révéla être beaucoup plus grande que la taille de la Voie Lactée ! Le grand débat était alors clos. Les "nébuleuses" spirales étaient bien des univers-îles après tout. Des galaxies à part entière. A la stupeur du monde entier, l'univers était bien plus vaste et plus complexe que l'on ne l'imaginait jusqu'alors. Gardez bien ça en tête : nous savons de manière sûre que notre univers contient d'autres galaxies que la nôtre depuis moins de 100 ans. Et on estime aujourd'hui leur nombre à plusieurs centaines de milliards. Autant vous dire qu'on a fait du chemin.


Mais Hubble ne s'arrêta pas là ! Depuis l'observatoire du Mont Wilson à Los Angeles, le plus grand observatoire de l'époque, Hubble étudia la distance et la vitesse d'un grand nombre de galaxies lointaines, et remarqua alors quelque chose d'étrange... Plus ces galaxies étaient loin, plus elles rougissaient ! Bizarre n'est-ce pas ? En fait, ce phénomène est l'analogue lumineux du *NIIIIIIIIIION* que fait une voiture en passant près de vous, et s'interprète de la manière suivante : si une galaxie s'éloigne de nous, sa signature lumineuse sera légèrement décalée vers le rouge. A l'inverse, si elle s'approche de nous, elle sera décalée vers le bleu.


Cet effet nous renseigne donc sur la vitesse d'éloignement ou de rapprochement des galaxies par rapport à nous. Hubble en déduisit donc que plus les galaxies étaient loin, et plus elles semblaient s'éloigner de nous rapidement ! Cette révélation a un effet retentissant. Ce qu'Hubble venait de découvrir, ce n'était rien de moins que l'expansion de l'univers !

"Mais alors, si toutes les galaxies s'éloignent de nous, ça veut dire qu'on est au centre de l'univers, c'est ça ?" Bien essayé, troll créationniste imaginaire, mais ce n'est pas vraiment ça. Car ces galaxies lointaines ne s'éloignent pas de nous en particulier, elles s'éloignent les unes des autres, comme des points à la surface d'un ballon qui enfle.


Grâce aux observations de Hubble, l'univers n'était plus statique et éternel. Il avait acquis une histoire. En repassant le film de l'expansion à l'envers, on assiste au lent rapprochement des galaxies entre elles, jusqu'à ce qu'elles se rassemblent toutes en un même point imaginaire. Et grâce au cadre mathématique imposé par la théorie de la Relativité Générale d'un certain Einstein, qui décrit l'espace et le temps comme une grille à 4 dimensions qui peut se courber à l'envi en présence de matière, on peut ainsi remonter à l'âge de l'univers observable.

Ainsi, avec l'avènement d'outils techniques et mathématiques nécessaire  pour appréhender le cosmos de manière rigoureuse, la cosmologie était définitivement entrée dans le monde des sciences modernes.

Le Big Bang, notre cosmogonie

Our whole universe was in a hot dense state,
Then nearly fourteen billion years ago expansion
started. Wait…
- Barenaked Ladies, the Big Bang Theory

Pourtant, il faut bien avouer que la cosmologie possède un statut particulier par rapport à toutes les autres sciences. En étudiant le cosmos, conduire des expériences sur nos objets d'étude est... Un peu exclu. Difficile en effet d'agir directement sur une galaxie à des millions d'années lumières d'ici. Toutes les informations que nous avons de l'univers proviennent donc des observations que l'on en fait à l'aide de nos plus puissants télescopes. Mais ce qu'il y a de plus paradoxal, c'est que nous sommes dans notre objet d'étude : on étudie l'univers à l'intérieur de l'univers. Impossible de s'en extraire, puisque par définition l'univers englobe tout ce qui existe. Mais ce statut particulier n'a pas empêché à la cosmologie de faire des progrès spectaculaires dans la deuxième moitié du 20e siècle. Nous sommes aujourd'hui à même de reconstruire dans les grandes lignes l'histoire de l'univers. Notre histoire.

Et que nous révèle cette histoire ? Le modèle le plus accepté à l'heure actuelle nous dit qu'il y a environ 13.8 milliards d'années, l'univers était incroyablement chaud et dense, et sous l'impulsion d'une force encore inexpliquée elle a connu une phase d'expansion d'une violence inouïe : la Big Bang. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, cette expansion n'est pas partie d'un point central, ce n'est pas une explosion DANS l'espace, mais DE l'espace. Le Big Bang a eu lieu aussi bien dans votre chambre où vous lisez ces lignes, que sur une planète inconnue d'une galaxie lointaine. Une explosion du tout, partout à la fois, au même moment. Pendant cette phase d'expansion, l'univers s'est refroidi, ce qui a permis l'apparition des 2 premiers éléments, l'Hydrogène et l'Hélium. Notre jeune univers était alors remarquablement homogène : où que l'on ait regardé, et dans n'importe quelle direction, on aurait vu partout la même chose. Mais dans ce brouillard indistinct, de minuscules surdensités de matière se formèrent et se mirent à grandir. Plus ces blobs de matière étaient massifs, plus ils attiraient la matière autour d'eux. Au fil du temps la matière s'organisa en vastes filaments reliés dans une immense toile d'araignée cosmique aux nœuds desquels se  formèrent galaxies et amas de galaxies.

Et Paf ! Ça fait des Chocapics !

Le Côté Obscur a vaincu
"D'après une théorie, le jour où quelqu'un découvrira exactement à quoi sert l'Univers et pourquoi il est là, ledit Univers disparaîtra sur-le-champ pour se voir remplacé par quelque chose de considérablement plus inexplicable et bizarre. Selon une autre théorie, la chose se serait en fait déjà produite." - Douglas Adams

Alors ça y est ? La véritable histoire de l'univers est enfin révélée dans un tout cohérent, et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Et bien pas vraiment... Car en 1998, une découverte majeure va bouleverser tout ce qu'on croyait connaître de l'univers. En étudiant des explosions violentes d'étoiles en fin de vie qui ont eu lieu il y a très longtemps, dans des galaxies lointaines, très lointaines, un groupe international d'astrophysiciens découvre avec stupeur que celles-ci sont moins brillantes, et donc plus éloignées que prévues !
Les étoiles massives sont censées toutes exploser de la même manière, et donc la quantité de lumière que l'on reçoit de ces explosions nous renseigne directement sur leur distance par rapport à nous. Conclusion ? L'univers est non seulement en expansion, mais depuis 5 milliards d'années cette expansion s'est accélérée sans aucune raison apparente !

Énorme choc dans la communauté scientifique. On décerne un prix Nobel à l'équipe de chercheurs qui a dirigé ces recherches. Pour expliquer cet incroyable  phénomène, on invoque à tour de bras un mystérieux fluide antigravitationnel aux propriétés invraisemblables, une caractéristique encore inconnue de l'espace-temps, l'énergie du vide, le retour de Raptor Jésus, la montée du FN... La vérité, c'est qu'on n'en sait encore rien. A ce jour, l'énigme de l'énergie noire comme on l'appelle reste l'une des questions les plus intrigantes de la science moderne. Tout ce qu'on sait, c'est que l'univers est actuellement dominé par le Côté Obscur...



Chroniques de la fin d'un monde

Some say the world will end in fire,
Some say in ice.
From what I’ve tasted of desire
I hold with those who favor fire.
But if it had to perish twice,
I think I know enough of hate
To say that for destruction ice
Is also great
And would suffice.
- Robert Frost

Allons encore plus loin. Imaginons un instant que l'univers continue à s'étendre de manière accélérée au même rythme qu'à l'heure actuelle. Ce qui est une grosse hypothèse, vu qu'on ne connaît toujours pas la nature et le comportement de cette énergie noire. Mais si l'on s'adonne à ce genre de prospective, le futur de l'univers semble plutôt sombre. Sans mauvais jeu de mots.

Tout d'abord une petite précision, pour le mec du fond que je vois paniquer. Non les atomes qui composent ton corps ne vont pas finir par subitement exploser dans une violente accélération de l'expansion de l'univers. Reprends toi enfin.

Le mec du fond, tel qu'il s'imagine dans quelques milliards d'années

Car les effets de l'énergie noire ne se manifestent pas à notre échelle. Ni même à l'échelle de notre Galaxie. Ni même à l'échelle du Groupe Local, constitué par la quarantaine de galaxies les plus proches de nous. Jusque là, la gravité de ces systèmes l'emporte et l'emportera toujours sur l'expansion accélérée. Mais quand on commence à regarder un peu plus loin...

Le Groupe Local, notre voisinage cosmique (pas à l'échelle)

Il existe en effet une distance au delà de laquelle l'accélération de l'expansion de l'univers est telle que le tissu même de l'espace temps qui entraîne les galaxies s'étend plus rapidement que la lumière. L'espace-temps est en effet le seul objet physique capable de briser la limite de vitesse universelle. Cette distance définit donc notre horizon cosmologique. Et si un allumeur de réverbère habitant une galaxie hors de notre horizon nous envoie un signal lumineux aujourd'hui même, nous ne recevrons jamais son message, de même qu'aucun message que nous lui enverrons ne pourra l'atteindre. De cette galaxie nous ne verrons que la lumière qui a été émise avant qu'elle n'ait dépassé l'horizon. Nous serons séparés à jamais par l'univers en expansion.



Et si l'énergie noire continue son rôle d'accélérateur cosmique, dans 100 milliards d'années toutes les galaxies au delà de notre voisinage proche nous apparaîtront figées dans le passé, splendides instantanés d'un temps reculé, avant de s'éteindre lentement dans la nuit, car même leur lumière ne pourra rattraper la course folle de l'espace-temps accéléré. Pas très réjouissant donc...

En revanche, le futur de notre univers proche ne va pas manquer d'action. Car j'ai le plaisir de vous annoncer que la Galaxie d'Andromède fonce actuellement droit vers nous à une vitesse de 100 kilomètres par seconde ! 

M31, la galaxie d'Andromède, photographiée par le télescope spatial Hubble. Vous vous rappelez la tache floue dégueulasse ? C'est elle.

C'est aujourd'hui une certitude, la collision est inévitable et devrait se produire dans environ... 4 milliards d'années. Ce qui nous laisse tout le temps de nous taper au moins 15 rediffusions de l'intégrale de Naruto. Ou 3 débats politiques sur La Chaîne Parlementaire. Au choix.
Ce véritable choc des Titans devrait ressembler à quelque chose comme ça :



Le résultat de ce gigantesque ballet cosmique ? Milkomède. Une énorme galaxie résultant de la fusion de nos deux galaxies, gigantesque ellipse de gaz et d'étoiles aux mouvements désordonnés. C'est le prix à payer de cette collision : chaque galaxie va devoir dire adieu à sa superbe structure spiralée. Ce genre d'événements est d'ailleurs assez commun dans l'univers, et on pense qu'il explique l'origine d'une bonne partie des galaxies elliptiques que nous observons.

Mais que deviendra le Soleil dans ce grand chamboulement ? Pas de panique ! Les deux galaxies sont assez grandes et diffuses pour que la probabilité de collision avec une autre étoile soit ridiculement faible. Des simulations ont montré qu'il sera probablement gentiment éjecté dans la bordure externe de cette nouvelle galaxie. On devrait avoir une belle vue sur le spectacle extraordinaire qui s'offrira à nous...


A terme, Milkomède finira donc par être la seule galaxie visible par les astronomes du futur, dans un univers figé dans le temps...

Que seront-ils, ces astronomes du futur ? Impossible à savoir. Mais il y a fort à penser qu'ils seront certainement aussi différents de nous que nous ne le sommes des premières bactéries. 
Où seront-ils ? Certainement pas sur Terre. Celle-ci périra carbonisée dans 5 ou 6 milliards d'années, victime des caprices du Soleil agonisant. Ce dernier, ayant épuisé son carburant d'hydrogène et d'hélium, enflera jusqu'à atteindre plus de 2 fois sa taille actuelle. Seules les parties externes du système solaire seront alors habitables. D'ici 100 milliards d'années, notre Soleil sera mort depuis bien longtemps. Seules lui survivront les étoiles de faible masse, à l'espérance de vie plus élevée car brûlant leur hydrogène beaucoup plus lentement.

Si nos descendants ont eu le bon sens de trouver un autre système solaire comme refuge d'ici là, et si les archives scientifiques de notre époque (conservées par je ne sais quel miracle) sont redécouvertes par des archéologues du futur, qui pourrait encore croire aux élucubrations d'une bande de primates primitifs qui divaguaient sur un univers en expansion ? Comment  remonter au concept même de Big Bang quand le seul univers que l'on connaisse est Milkomède, ce gigantesque œuf cosmique contenant plus de mille milliards d'étoiles ? La somme accumulée de nos connaissances tient à si peu de choses...

A moins que ces archives ne fassent office de textes sacrés, cosmogonie d'un peuple reculé mais élu, illuminé par un savoir antique jusqu'alors oublié. Verra-t-on naître un "culte du Big Bang" ? Je n'en sais rien. Il y a beaucoup de "si" dans tout ça. Mais dans un tel univers je conçois assez mal une civilisation bâtir une cosmologie aussi complexe que la nôtre. Quels chants seront dédiés à la nébuleuse universelle ? Quels poèmes conteront la disparition des univers-îles ? Je les imagine levant leurs appendices sous un ciel de braise, prisonniers arrogants d'un univers minuscule, piégés à jamais dans une illusion d'éternité.

Tout cela me laisse songeur. Tout primates primitifs que nous sommes, nous vivons vraiment une époque formidable...





Sources :

Pan Gu
- Cyrille J.-D. Javary : La souplesse du dragon : http://tiny.cc/7igtex

Hubble et l'expansion de l'univers
- Big History Project, Threshold 1: The Big Bang: http://tiny.cc/12htex
- Joanne Baker : Juste assez d'astronomie pour briller en société : http://tiny.cc/aaitex

Mauvaise compréhension de la cosmologie
- Charles Lineweaver and Tamara Davis, Misconceptions about the Big Bang : http://tiny.cc/hditex

Henrietta Leavitt
- Scishow : Henrietta Leavitt & the Human Computers : http://tiny.cc/kjgtex
- Astro Club de Toussaint : Le cygne et le rat : http://tiny.cc/2jgtex

Kant et ses univers-îles
- Bernard Coly : L'idée d'univers de la science classique à la cosmologie moderne : http://tiny.cc/emgtex 

Le futur de l'univers
- Abraham Loeb : The long term future of extragalactic astronomy : http://tiny.cc/rsgtex
- Abraham Loeb : "Acharit Hayamin", the future of our universe: http://tiny.cc/85htex

vendredi 4 avril 2014

Des Livetweets, sur tout, partout !

  Certains collectionnent des timbres, d'autres font de la peinture à l'huile. Moi, mon hobby, c'est de faire des Livetweets des nombreuses conférences de vulgarisation scientifique auxquelles j'assiste. Parce qu'il n'y a aucune raison que vous ne puissiez pas en profiter aussi. Voici donc une sélection de mes diverses chroniques réalisées au cours des années 2013-2014. Bonne lecture !



Réchauffement climatique, du rapport du GIEC aux négociations internationales

Conférence de Jean Jouzel, climatologue, à l'observatoire de Meudon



David Elbaz: la formation des galaxies, ou l'univers en 3D

Conférence de l'astrophysicien David Elbaz, à l'occasion du festival des 2 infinis



Jean-Michel Alimi: La cosmologie a t-elle besoin d'une révolution ?

Jean Michel Alimi, cosmologiste, nous parle de l'état de la cosmologie actuelle dans le cadre du festival des 2 infinis 



Les fondamentales du CNRS : les clefs du système Terre

Que saurions-nous du fonctionnement du climat sans la connaissance des interactions de l'atmosphère, l'hydrosphère et de la biosphère ? Mais le système Terre a commencé à livrer ses secrets. Chronique d'un débat animé



Les fondamentales du CNRS : L'écologie globale sauvera-t-elle le monde ?

La bonne santé humaine dépend de la bonne santé animale, elle-même tributaire de la bonne santé végétale, qui est liée à la qualité de l'environnement... L'écologie doit être pensée de manière globale...



Les Fondamentales du CNRS : La société bleue, nouvel horizon de la planète

Les océans recèlent les clefs nécessaires à la planète pour assurer son développement de manière durable. Rendez-vous dans cette « société bleue », que la communauté internationale appelle de ses vœux. Là où la nature a trouvé des solutions.



Les Fondamentales du CNRS : le cerveau, un organe subtil et cachottier

Le cerveau est un organe extrêmement subtil et très cachottier. Pourtant, la science avance… Alors quelles sont les récentes incroyables découvertes des chercheurs et que changent-elles ? Quelles sont les pistes les plus prometteuses pour « réparer » le cerveau quand il vient à défaillir ? 



Les Fondamentales du CNRS : L'énigme de la matière et de l'énergie noires

Alors que les instruments n'ont jamais été aussi puissants, le mystère de la composition de l'Univers continue de tarauder les chercheurs. Qui résoudra l'énigme de la matière et de l'énergie noires ? La course entre les meilleures équipes internationale est engagée dans cet âge d'or de la cosmologie.



Les Fondamentales du CNRS : temps de la recherche, temps politique, temps médiatique

Temps de la recherche, temps politique et temps médiatique sont-ils compatibles ?



Les mardis de l'espace : Les briques de la vie viennent-elles de l'espace ?

Conversation avec Michel Viso, du CNES et trois chercheuses en exobiologie.



Les nouveaux enjeux de la Physique des 2 infinis

Résumé d'un débat scientifique publique à l'Institut Henri Poincaré entre Francis Bernardeau, Étienne Klein, Sandrine Laplace et Michel Spiro, animé par Sylvestre Huet, journaliste scientifique




Un nouveau scénario de formation des lunes de Saturne !

L’origine des lunes glacées de Saturne enfin dévoilée ! Saturne est une énigme à part entière dans le système solaire. Pourquoi est-ce la seule planète à avoir des anneaux aussi importants et comment expliquer l’accroissement régulier de la taille de ses satellites à mesure que l’on s’éloigne de celle-ci ? Une équipe internationale de chercheurs vient de proposer une nouvelle théorie pour expliquer la formation des lunes glacées qui entourent la planète Saturne.



Jérome Pérez : Les grandes hypothèses de l'astronomie et de l'astrophysique

Conférence donnée pour l'association étudiante d'astronomes amateur ALCOR à l'occasion de son cycle de conférences publiques, par Jérome Pérez, astrophysicien au Laboratoire Univers et Théories de l'Observatoire de Meudon et au Laboratoire Mathématiques appliquées de l'ENSTA.



Les mardis de l'espace : Piraterie, pêche et environnement en Indonésie

Pour protéger son patrimoine marin, l’Indonésie vient de faire appel à CLS, filiale du CNES, qui mettra en place, d’ici fin 2014, un centre d’océanographie spatiale.

jeudi 3 avril 2014

20 minutes (x7) pour comprendre l'univers !


Expliquer l'univers de manière claire est un exercice assez délicat. Mais expliquer l'univers de manière claire ET concise est un véritable défi. Un défi que n'hésitent pas à relever quelques courageux chercheurs ! Mais dans l'avalanche de contenu que propose Internet, il est parfois difficile de trouver la perle rare si l'on souhaite se poser les bonnes questions. J'ai donc regroupé ci-dessous une sélection personnelle de 7 chefs d’œuvre de vulgarisation scientifique, parmi mes préférées dans un format relativement court. Un concentré des questions les plus profondes qui agitent les scientifiques du monde entier. Vous m'en direz des nouvelles.

La playlist se veut prendre la structure d'un voyage initiatique. De l'infiniment grand à l'infiniment petit. Ces vidéos vous inciteront à engager une réflexion assez poussée sur la nature même de notre univers, sur son fonctionnement, et sur notre place dans celui-ci. Le temps d'une conférence TED. Bien entendu, si vous en avez d'autres à proposer, je vous encourage vivement à m'en faire part !

Bienvenue dans l'univers

Le physicien Christophe Galfard nous offre ici une formidable introduction à l'univers, à la découverte de notre voisinage cosmique.
En nous donnant une idée intuitive des échelles de distance et de temps dans l'univers, il nous dresse avec émerveillement le portrait d'un univers inimaginablement grand, mais où chaque chose, aussi insignifiante soit-elle, est le centre de son propre univers. "Vous êtes ici".
 




Le Big Bang

On réfère souvent la théorie du Big Bang comme l'histoire de la naissance de l'univers. Le début de toute chose. Mais est-on seulement capable de concevoir l'idée même d'origine ? De la création de "quelque chose" à partir de "rien" ? Que nous dit la science à ce sujet ? Le célèbre physicien et philosophe des sciences Étienne Klein nous fournit ici quelques éléments de réflexion.





L'Histoire de l'univers 
 
L'univers a une histoire fascinante, et pourtant peu de gens sauront vous la raconter dans toute sa richesse. L'historien David Christian se sert de son talent de conteur à merveille pour nous emporter dans un voyage de 13,7 milliards d'années. Cette fable est la base d'un projet beaucoup plus large, le Big History Project, qui a pour but de révolutionner nos cours d'histoire en y intégrant une partie cosmologique !
A voir absolument.




Les étoiles

Les étoiles font partie intégrante de nos vies. Qui ne s'est jamais posé de questions sur elles, allongé sur l'herbe un soir d'été ? Mais savez-vous comment elles fonctionnent ? Car les étoiles ont une histoire passionnante. Elles vivent, meurent, forgent en leur cœur les éléments qui nous constituent, enrichissent l'univers en éléments toujours plus lourds. Bref, elles méritent qu'on leur accorde plus d'attention. Une vidéo très pédagogique réalisée par l'astrophysicien Pierre Kervella à l'Observatoire de Paris !




Le côté obscur de l'univers

L'astrophysique moderne se trouve dans une situation assez paradoxale. D'un côté, nos théories sur l'évolution de l'univers reproduisent avec une précision diabolique les observations que l'on réalise avec nos meilleurs télescopes. Mais cette précision a un coût : elle nous oblige à considérer que toute la matière que l'on observe dans l'univers (étoiles, galaxies...) ne constitue qu'une infime partie de son contenu total, à peine 5% ! Le reste de l'univers serait constitué d'une étrange matière noire, responsable de la cohésion des galaxies et des amas de galaxies, et dont on ne connait pas encore la composition, et surtout d'énergie sombre, ce mystérieux fluide dont on ne sait rien et qui serait responsable de l'accélération de l'expansion de l'univers. L'énergie noire que déploie la physicienne Patricia Burchat pour introduire ces concepts est vraiment rafraîchissante !





Le monde quantique

Le monde de l'infiniment petit obéit à des règles fascinantes. Déroutantes. Parfois totalement contre-intuitives. Un monde où les objets connaissent des crises identitaires en se comportant parfois comme des ondes, parfois comme des particules. Où ils peuvent se retrouver à deux endroits à la fois. Voire même traverser des murs. Rien à voir avec la vie de tous les jours. Pourtant la physique quantique se retrouve partout dans notre quotidien, en constituant la base de toute notre électronique ! Et personne n'en parle avec plus d'aisance que Julien Bobroff, chercheur en physique des solides et vulgarisateur hors pair.
Une vidéo un peu plus longue que les autres, mais qui mérite largement sa place ici !





La théorie des cordes

Grâce à la théorie de la Relativité Générale, nous savons aujourd'hui très bien expliquer les lois qui régissent l'infiniment grand. De même que nous comprenons très bien les lois de la mécanique quantique, qui régissent l'infiniment petit. Le soucis, c'est que ces deux visions du monde semblent incompatibles entre elles. Réconcilier en un tout mathématique ces deux théories est l'un des enjeux majeurs de la physique moderne. La tentatives la plus célèbre pour résoudre ce problème est sans doute la théorie des cordes. Cette théorie est réputée pour sa complexité et le niveau d'abstraction mathématique nécessaire pour en comprendre les subtilités. Et rares sont les physiciens qui l'expliquent avec autant de poésie et de clarté que Brian Greene.




jeudi 20 mars 2014

Comme un parfum d'universel... (Like a universal scent)

Du haut de ma citadelle céleste, frêle esquif de carbone largué dans l’océan cosmique par un navire bleu pâle, je contemple le monde endormi, l’esprit songeur. Autour de moi des paysages invisibles et silencieux défilent à toute vitesse. Seul sous ma coupole de verre, vitre contre vide, je n’ai pour toute chaleur que la lueur des étoiles. Une goutte de lumière perle soudain sur le globe : le Soleil se lève, pour la quatrième fois depuis mon éveil.

Les élytres de silicium de mon radeau se tournent paresseusement vers l’astre incandescent pour se gorger de son éclat. Le monde se réveille. Alors, au milieu de cette danse subtile entre l’or et l’azur qui se joue ici-bas, tu m’apparais enfin, à l’abri du néant sous ton voile d’azote et d’oxygène. Grain de beauté à la surface du monde. Un frisson me parcourt l’échine. Tu es plus rayonnante que jamais. D'instinct je sors mon attirail. A travers les lentilles de ma machine à capturer les instants, un fabuleux spectacle se révèle alors à mes yeux médusés. De tes entrailles rocheuses coulent un feu liquide, partant de la plaie ouverte de ton cœur flamboyant pour s'en aller avec peine rejoindre l'océan, en filaments ensanglantés. Je reste sans voix face à ce combat intense entre la roche liquide et l'eau.

Je m'étais persuadé jadis que la gravité était le bonheur des imbéciles. Mais désormais, ma course folle à travers le monde, en chute libre perpétuelle, a t-elle encore un sens ? Je rêvais de découvrir les étoiles, et pourtant c’est toi que j’ai découvert. Mon regard se perd dans l’infini, et je m’imagine parcourant tes plages et tes cirques, tes jungles luxuriantes et tes étendues désertiques, voyage astral sous le ciel austral.

La voix chaude de Louis Armstrong me sort un instant de mes rêveries. Les notes de « What a Wonderful World » émergent des entrailles du vaisseau et résonnent dans l'espace exigu. Le Centre de Contrôle n'aurait pu trouver de réveil plus approprié. Il sera bientôt temps de reprendre les expériences. Mais je m'accorde encore un instant pour réfléchir. Êtes-vous seulement si différents, mon radeau et toi ? Je me suis renseigné sur ton histoire. Sur ta culture. Sur ta communauté rassemblée par ses différences, transcendant les nations, utopie révélée. Ce que j'ai lu sur toi, je ne l'aurais cru possible ailleurs qu'ici. Une île-univers à la banlieue d’un univers-île, figure de proue du vaisseau de l’Humanité.

Et bien qu'il n'y ait personne pour l'entendre, je laisse échapper dans un murmure le nom que l'on te donne. Comme pour me persuader que tu existes. Ce nom qui te va si bien, qui résonne comme un défi lancé à la face du monde, comme un parfum d’universel... ''Réunion''.

Sébastien Carassou, 11 Février 2014


Ce texte fera partie d'un recueil dont je ne peux rien vous dire pour l'instant, mais qui sera publié bientôt :)

English version:

At the top of my heavenly citadel, frail carbon skiff dropped in the cosmic ocean by a pale blue ship, I gaze at the world asleep, pensively. Around me invisible and silent landscapes spin at a cracking pace. Alone under my dome, glass versus void, I have nothing but the light of the stars to warm myself. Suddenly, a drop of light flows on the globe: the Sun rises, for the fourth time today.

The silicon elytra of my raft spin lazily towards the incandescent star to stuff themselves with its light. The world rises an shines. And then, in the middle of this subtle danse between gold and azure here below, you finally appear before me, safe from the emptiness by a veil of Nitrogen and Oxygen. A beauty spot on the surface of the world. A shiver of delight runs through my spine. You are more radiant than ever. By instinct I get my things. Suddenly, through the lenses of my moment capturing machine, a breathtaking spectacle happens before me. From your rocky bowels flows a liquid fire, leaving the open wound of your blazing heart and striving to join the ocean, in long bleeding filaments. In front of this intense battle between liquid rock and water, I am speechless.

I used to persuade myself that gravity was the resort of fools. But does this rat race around the world, in a perpetual free fall, still makes sense ? I wanted to reach the stars, but I found you instead. I gaze into infinity and I see myself running running across your beaches and your cirques, your luxuriant jungles and your arid plains, astral trip under the austral sky.

The raspy voice of Louis Armstrong gets me out of my daydream for a moment. The melody of « What a wonderful world » emerges from the guts of the ship and resonates in the cramped space. Very appropriate, Control Center. Soon it will be time to resume the experiments. But I allow myself yet a moment to think. In the end, are you and my raft so different after all? I found out about your history. About your culture. About your community, gathered by its differences, transcending nations, a revealed utopia. What I read about you, I didn't expect to find it anywhere else but here. A universe island on the outskirts of an island universe, the figurehead of Humanity's spaceship.

And even if there is nobody to listen, I whisper the name you were given. As to convince myself that you exist. A name that fits you so well, that resonates like a challenge to the face of the world, like a universal scent. ''Reunion''.

mardi 21 janvier 2014

Une conférence (Terre à Terre) sur les enjeux de la transition énergétique !

 Salut à tous !



2014 démarrera avec énergie (sans mauvais jeu de mots) ! En effet, Gwenaël Normand, David Réaux et moi-même avons le plaisir de vous inviter à la conférence que nous tiendrons sur les enjeux de la transition énergétique à l'occasion de l'initiative étudiante The Big Conf, organisée par l'association Avenir Climatique ! La conférence aura lieu le Vendredi 7 février 2014 de 19h30 à 21h00 en amphi G1 du  bâtiment 450, Université Paris-Sud 91405 - Orsay.



The Big Quoi ?


The Big Conf, c'est un événement d'ampleur nationale faite par les étudiants et pour les étudiants.

L'objectif ?
Former les étudiants aux défis auxquels le monde fait face, pour ensuite devenir des acteurs éclairés s’ils le souhaitent

La transition énergétique est le passage d’une société fondée sur la consommation abondante d’énergies fossiles, à une société plus sobre et plus écologique. Il est primordial d’aller vers un modèle énergétique qui permet de satisfaire de manière durable, équitable et sûre, pour les hommes et leur environnement, les besoins en énergie des citoyens et de l’économie française.

Cela se traduit par : une économie d’énergie, une optimisation de nos systèmes de production et une utilisation forte des énergies renouvelables autrement appelées « décarbonées ». C’est un nouveau modèle à inventer : plus juste, porteur d’emplois et d’activités économiques.

Le Débat National sur la Transition énergétique continu, dans l’optique de la COP 21 qui se déroulera en 2015, à Paris. Avenir Climatique souhaite que les étudiants puissent comprendre les tenants et les aboutissants de ce débat. C’est l’objet de « The big Conf » : apporter des éléments permettant de mieux comprendre l’ampleur des enjeux du débat afin que les étudiants puissent y contribuer au mieux !

Pour cette seconde édition, The Big Conf est soutenue par de nombreuses personnalités du secteur. Elle a été élue «coup de cœur» de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme, l’initiative est parrainée par Jean-Marc Jancovici, président d’honneur mais aussi par d’éminents climatologues internationaux, parmi lesquels, Jean-Pascal van Ypersele, Hervé le Treut ou encore Jean Jouzel.

Plus d'informations sur le site de l'association Avenir Climatique ! A bientôt j'espère ! ;)

jeudi 5 décembre 2013

Conversation avec Francis Rocard et envolée tryangulaire !

Quelle semaine les amis ! Je ne sais plus vraiment où donner de la tête, et j'ai du mal à réaliser ce qui m'arrive, mais je sais juste que c'est génial. Résumé d'une période de ma vie assez invraisemblable.

Mes plans de conquête du monde progressent à grand pas ! En effet je prêterai dorénavant ma plume à l'auguste et étrange Webzine Tryangle.fr ! (accessoirement l'un de mes sites préférés) Vous y trouverez régulièrement mes articles astronomico-poético-blagounesques si vous ne les avez pas encore (re)lus par ici. L'occasion parfaite de toucher un public plus large et pas forcément (encore) passionné de sciences, ce qui est encore mieux !

Vous pouvez même dès à présent vous plonger dans la lecture de mon premier article tryangulaire, consacré aux sons de l'espace : http://www.tryangle.fr/jai-ecoute-lunivers-et-voici-ce-quil-ma-dit



Merci à Quentin, rédacteur en chef au Tryangle, de m'avoir offert cette opportunité !

MAIS CE N'EST PAS TOUT !

A l'occasion des Hangouts organisés régulièrement par le CNES, l'agence spatiale française m'a récemment donné la chance d'interviewer Francis Rocard, astrophysicien et responsable du programme d’exploration du système solaire au CNES ! Rien que ça. Nous avons parlé de
la mission spatiale Rosetta, une sonde de l’Agence Spatiale Européenne lancée en 2004 qui va tenter de se poser sur la comète Tchourioumov-Guérassimenko (à vos souhaits) l’année prochaine pour en étudier la composition. Je dis tenter parce que la mission présente énormément de risques et que les défis technologiques qui sont liés à l’atterrissage sur une comète placent cette sonde dans la catégorie des MISSIONS SPATIALES TOTALEMENT BADASS de l'ESA.

Pour me voir faire le débile à la webcam en direct du Ternet avec des gens diplômés, c'est par ici que ça se passe !





Merci à toute l'équipe de communication du CNES et à tous les intervenants pour cet échange très riche ! Et à bientôt pour de nouvelles aventures !

samedi 9 novembre 2013

Carl Sagan, l'héritage d'une icône de la science

"La science est une chose trop importante pour être laissée entre les mains des seuls savants" - Carl Sagan, Contact
   Comme j'envie ceux qui, par la seule force des mots, parviennent à nous faire comprendre, à nous faire réfléchir, et à nous faire rêver. En cela, communiquer la science est un travail extraordinaire*. La science se renouvelle constamment, véritable organisme se nourrissant d'inconnu qui, pour peu qu'on lui prête une oreille attentive, remplit notre quotidien de découvertes toutes plus extraordinaires les une que les autres.
Pourtant, il en est peu qui s'aventurent au delà du monde froid des chiffres et des calculs. Il en est peu qui utilisent le langage de la science pour révéler au plus grand nombre la poésie complexe que la nature nous dévoile, toujours par fragments. Un poème dont des vers sont ajoutés chaque jour, qui chaque jour devient un peu plus beau, et qui ne se terminera probablement jamais.
De tous les chercheurs qui se sont essayé à cet exercice, il en est un dont le talent n'avait nulle autre pareille, et que j'admire particulièrement. Si ce blog existe aujourd'hui, c'est en grande partie grâce à lui. Carl Sagan. Astrophysicien, vulgarisateur, poète. Par son lyrisme, son humanisme et son amour immodéré de la science, il a su inspirer des générations entières de carrières scientifiques. Sagan savait non seulement attiser notre sens de la raison, notre esprit critique, mais aussi et surtout notre sens de l'émerveillement.

C'est pourquoi, tous les 9 Novembre, est célébrée un peu partout dans le monde, à l'occasion de son anniversaire, une journée dédiée à sa mémoire, à son héritage et à sa vision particulière de l'univers, le Carl Sagan Day. Parfait inconnu en France, c'est pour moi l'occasion parfaite de lui rendre hommage à ma manière. Mais qui était ce fameux Carl Sagan ? Pourquoi est ce qu'il a un jour dédié à lui ? Et pourquoi est ce que moi je n'en ai pas ? Ce sont des questions auxquelles je vais tenter de répondre.

*Et je dis ça de manière totalement objective...

Un chercheur hors pair

Ses contributions à la science moderne sont non seulement multiples (il a écrit plus de 600 publications), mais certaines sont aussi fondamentales. Tout d'abord on lui doit le premier calcul, grâce à des données radio-astronomiques, de la température de surface de Vénus, qui s'élève à environ 450 – 490 degrés Celsius à cause de l'énorme effet de serre créée par son atmosphère, et il a contribué en tant que manager et designer, à la sonde Mariner 2, qui a été une des premières sondes à étudier la surface de Vénus.

Sagan aura participé à quasiment toutes les missions d'exploration spatiale organisées par la NASA au XXe siècle, et en particulier aux missions Viking sur Mars, Galileo vers Jupiter et Voyager vers les confins du système solaire.

Mais ce n'est pas tout ! Il a aussi été l'un des pionniers fondateurs d'une science nouvelle, l'exobiologie, ou l'étude de la vie à l'échelle de l'univers. Cette science a pour ambition de répondre à cette question qui turlupine l'humanité depuis pas mal de temps déjà : est ce que la vie telle qu'on la connaît est une rareté cosmique ou est-elle présente partout dans l'univers, et si oui sous quelle forme ?

Et comme l'exobiologie est une science assez jeune dans sa forme moderne, grâce aux rapides avancées technologiques en ce qui concerne les télescopes, les sondes robotiques, et en particulier depuis 1995 grâce à la découverte des planètes extrasolaires (dont on a dépassé le seuil des 1000 planètes récemment), elle est devenue une science en plein essor.

Et dans cette filière on doit retenir 2 contributions majeures de Sagan : tout d'abord il a été le premier à émettre l'hypothèse d'un océan d'eau liquide salée entre 5 et 90 km sous la surface glacée d'Europe, un satellite de Jupiter. Hypothèse qui est toujours d'actualité, on pense aujourd'hui que cet océan serait généré et chauffé par l'intense friction qui résulterait des forces de marée dues à Jupiter.

Il a aussi théorisé la présence de composés liquides sur la surface de Titan, une des lunes de Saturne, ce qui a été confirmé en 2004 par la mission Cassini Huygens. On sait aujourd'hui que ces composés liquides sont des lacs d'hydrocarbures, très probablement du méthane ou de l'éthane, ce qui fait de Titan pour l'instant le seul corps connu autre que la Terre dont la surface possède des étendues liquides stables.

SETI
"Si nous étions seuls dans l'Univers, ce serait un beau gâchis d'espace." - Carl Sagan, Contact
Carl Sagan a aussi été un grand avocat de la recherche de la vie intelligente dans l'univers. Il a été énormément impliqué dans le projet SETI, qui est l'acronyme de Search for Extraterrestrial Intelligence,c'est à dire Recherche d'Intelligence Extraterrestre. C'est un institut américain qui utilise principalement la radioastronomie afin de détecter dans le spectre électromagnétique des motifs qui ne pourraient pas être émis par des sources naturelles.
Pour cela, le SETI a commencé par utiliser les plus grands radiotélescopes du monde, comme le télescope d'Arecibo, à Porto Rico, mais possède maintenant son propre réseau de radiotélescopes, le Allen Telescope Array, financé par le cofondateur de Microsoft, Paul Allen.

Le programme SETI est actif depuis les années 60, et a connu un véritable succès auprès du public, mais pas autant auprès du gouvernement américain, qui en temps de crise a revu son budget à la baisse et qui a décidé que la science venait en second, et qu'elle devrait se focaliser sur les recherches à court terme. La NASA est en train d'en faire les frais actuellement et le SETI n'en réchappe pas, vu que faute de financement de la part du Congrès, les antennes du Allen Telescope Array avaient été mises en hibernation il y a deux ans, mais grâce à 100 000 dollars de donations privées sur Internet, elles ont été remises en activité. Malheureusement c'est une solution temporaire, puisque pour continuer d'exister, le SETI devra contracter avec la Défense américaine qui utilisera du temps de télescope à des fins moins nobles.

En attendant, si vous voulez aider le SETI, vous pouvez prendre part au projet de science participative SETI@home, qui utilise le calcul partagé pour traiter les données arrivant des différents télescopes. C'est un petit programme que vous pouvez télécharger qui tourne lorsque votre ordinateur est en veille, et qui vous permet donc de donner un coup de pouce à la recherche d'aliens tout en ayant un écran de veille qui déchire.

La Planetary Society

Mais revenons à Sagan. Et en particulier à un organisme qu'il a créé dans les années 70. La Planetary Society, c'est aujourd'hui la plus grande association à but non lucratif qui a pour intérêt l'exploration spatiale et la création de liens entre la science et le grand public. Avec plus de 100 000 membres actifs dans le monde, c'est aujourd'hui Bill Nye (the Science Guy !!), qui est à la tête de l'association, ce qui en fait le président le plus cool de l'histoire des présidents.

La Planetary Society a actuellement plusieurs projets en cours, dont la liste exhaustive est disponible ici. Je vais en citer 2 :

Le premier projet, c'est Lightsail-1, le premier projet privé de voile solaire, c'est à dire une sonde qui utiliserait la pression de radiation du Soleil pour se propulser, pression qui est très faible mais suffisante dans le vide spatial pour atteindre des vitesses inimaginables avec les moyens de propulsion chimiques actuels.
Les japonais avaient déjà envoyé avec succès un démonstrateur pour prouver que la technologie fonctionnait, la sonde Ikaros, qui avait dépassé l'orbite de Vénus en 2010, mais là on parle d'une sonde grandeur nature, de 32m² de surface. Avec un peu de chance, la sonde devrait être envoyée en fin d'année, si la NASA veut bien, alors on croise les doigts.

Le deuxième grand projet de la Planetary Society, c'est le projet Laser Bees, qui vise à sauver la Terre des méchants astéroïdes tueurs de la meilleure manière possible, c'est à dire avec moins de Bruce Willis et plus de lasers ! Le système consisterait en une armée de petits robots qui dévieraient gentiment la trajectoire de l’astéroïde grâce encore une fois à la pression de radiation en lui balançant des impulsions laser dans la gueule. Et donc le projet est pour l'instant à l'étude.

Messager interstellaire

"Dans un milliard d'années, quand tout ne sera plus que poussière sur Terre, les enregistrements de Voyager parleront encore pour nous" - Carl Sagan

Carl (oui je l'appelle Carl et je vous zute) avait aussi une passion pour les symboles. La plaque en or que vous pouvez voir ici a été posée, à la demande et sur le design de Sagan, sur les deux sondes Pioneer 10 et 11, qui avaient pour mission d'étudier les planètes externes du système solaire, et qui depuis ont quitté le système solaire dans la direction de l'étoile Aldébaran pour l'une, et de la constellation de l'aigle pour l'autre. Ces plaques sont une sorte de bouteille à la mer interstellaire, un message à destination d'hypothétiques extraterrestre, le premier du genre.

Dans la même idée, un message plus fouillé a été envoyé quelques années plus tard sur les sondes Voyager, sous la forme d'un disque d'or qui contient des informations sur la Terre et ses habitants, des sons variés, comme des chants de baleine, des cris de bébé, un petit coucou dans toutes les langues ou encore de la musique, par exemple du Mozart, du Beethoven ou encore Johnny B Goode de Marty McFly Chuck Berry.

Au final, les chances que les disques soient retrouvés un jour sont infimes, les sondes Voyager n'atteindront pas l'étoile la plus proche avant au moins 40 000 ans. Mais elles resteront à jamais les meilleures capsules temporelles que l'Humanité ait jamais envoyées...

Scepticisme scientifique
"Des affirmations extraordinaires nécessitent des preuves extraordinaires." - Carl Sagan

Sagan a aussi été l'un des fondateurs du mouvement des Skeptics américains, un mouvement qui promeut l'usage de la raison, de l'esprit critique et de la science, et qui cherche à démentir par le biais de l'expérimentation les affirmations de phénomènes dits paranormaux ou surnaturels.
Il a passé énormément de temps à éduquer les gens dans ce sens, surtout dans le contexte d'une Amérique où plus de 50% des américains croient encore aux fantômes et où l'on assiste depuis récemment à une montée en popularité des créationnistes, ces chrétiens fondamentalistes qui croient que la Terre n'a que 6000 ans selon une interprétation littérale de la Bible et rejettent activement la théorie de l'évolution formulée par Darwin sur laquelle est pourtant basée toute la biologie actuelle. Se battre à coup d'arguments contre les climato-sceptiques, les activistes anti-vaccination et autres partisans des médecines dites alternatives, c'est le grand combat des Skeptics à l'heure actuelle.

La Terre, notre point bleu pâle

 J'ai beau en avoir parlé dans un précédent article, mais je ne peux pas résister à l'envie de vous en reparler.

Ce que vous voyez là est une photo prise par la sonde Voyager 1 en 1990, alors qu'elle était à plus de 6 milliards de kilomètres de la Terre. Le petit point que vous apercevez au milieu d'un rayon de Soleil, c'est notre planète. Une image d'une portée telle qu'elle a inspiré Sagan à écrire tout un essai à ce sujet (entre autres): Pale Blue Dot: A Vision of the Human Future in Space

Cet essai, considéré par l'astronome Phil Plait comme l'une des plus belles œuvres écrites en langue anglaise (et pour l'avoir lu, j'approuve), met en perspective nos accomplissements, nos rêves et surtout notre hubris face à l'immensité cosmique.
Ce texte (à lire ci-dessous pour les anglophobes) a depuis mené des générations d'artistes à transmettre ce message intemporel. La vidéo que vous pouvez regarder ici, réalisée par le génial Callum C. J. Sutherland, dans le cadre d'une série en hommage à Sagan, en est à mon sens la meilleure interprétation.

On est bien peu de chose, ma pauvre Lucette...
Regardez encore ce petit point. C'est ici. C'est notre foyer. C'est nous. Sur lui se trouve tous ceux que vous aimez, tous ceux que vous connaissez, tous ceux dont vous avez entendu parler, tous les êtres humains qui aient jamais vécu. Toute la somme de nos joies et de nos souffrances, des milliers de religions aux convictions assurées, d'idéologies et de doctrines économiques, tous les chasseurs et cueilleurs, tous les héros et tous les lâches, tous les créateurs et destructeurs de civilisations, tous les rois et tous les paysans, tous les jeunes couples d'amoureux, tous les pères et mères, tous les enfants plein d'espoir, les inventeurs et les explorateurs, tous les professeurs de morale, tous les politiciens corrompus, toutes les “superstars”, tous les “guides suprêmes”, tous les saints et pécheurs de l'histoire de notre espèce ont vécu ici, sur ce grain de poussière suspendu dans un rayon de soleil.
La Terre est une toute petite scène dans une vaste arène cosmique. Songez aux fleuves de sang déversés par tous ces généraux et ces empereurs afin que nimbés de triomphe et de gloire, ils puissent devenir les maîtres temporaires d'une fraction d'un point. Songez aux cruautés sans fin imposées par les habitants d'un recoin de ce pixel sur d'indistincts habitants d'un autre recoin. Comme ils peinent à s'entendre, comme ils sont prompts à s'entretuer, comme leurs haines sont ferventes. Nos postures, notre propre importance imaginée, l'illusion que nous avons quelque position privilégiée dans l'univers, sont mis en question par ce point de lumière pâle. Notre planète est une infime tache solitaire enveloppée par la grande nuit cosmique. Dans notre obscurité - dans toute cette immensité - il n'y a aucun signe qu'une aide viendra d'ailleurs nous sauver de nous-mêmes. La Terre est jusqu'à présent le seul monde connu à abriter la vie. Il n'y a nulle part ailleurs, au moins dans un futur proche, vers où notre espèce pourrait migrer. Visiter, oui. S'installer, pas encore. Que vous le vouliez ou non, pour le moment c'est sur Terre que nous prenons position.
On a dit que l'astronomie incite à l'humilité et fortifie le caractère. Il n'y a peut être pas de meilleure démonstration de la folie des idées humaines que cette lointaine image de notre monde minuscule. Pour moi, cela souligne notre responsabilité de cohabiter plus fraternellement les uns avec les autres, et de préserver et chérir le point bleu pâle, la seule maison que nous ayons jamais connue.
Ses livres
"L'écriture est peut être la plus grande invention de l'Humanité, liant entre eux des gens qui ne se sont jamais connus, des citoyens d'époques lointaines. Les livres brisent le carcan du temps. Un livre est la preuve que les humains sont capables de véritable magie." - Carl Sagan

Carl Sagan a publié au total une vingtaine de bouquins, dont la plupart sont des Best sellers, et dont je vous conseille totalement la lecture, en particulier ces 3 là : 

Le premier, The Demon Haunted World, pour lequel Sagan a reçu le prix Pullitzer, et TOUJOURS PAS TRADUIT EN FRANÇAIS (grrr), est aujourd'hui considéré comme une référence concernant la méthode scientifique et le scepticisme.

Le deuxième, c'est Contact, son meilleur roman de science fiction (c'est aussi le seul), qui a été adapté en un super film plus tard avec Jodie Foster, et qui raconte la détection du premier message extraterrestre par le SETI. Un véritable Roller Coaster émotionnel et intellectuel.

Et enfin Cosmos, qui est le livre en langue anglaise le plus vendu au monde, est une magnifique introduction à l'univers, et complète parfaitement la série éponyme, ce qui me fait une super transition pour passer à...

COSMOS
"Si vous voulez faire une tarte aux pommes à partir de rien, il vous faudra d'abord créer l'univers" - Carl Sagan
Cosmos est d'abord un phénomène télévisuel. C'est l'émission la plus regardée de l'histoire de la télévision. Elle a été diffusée dans les années 80 dans plus de 60 pays et vue par plus de 500 millions de téléspectateurs ! C'est une série en 13 épisodes d'une heure, qui couvre pas mal de sujets, depuis l'origine de l'univers jusqu'à l'apparition de la vie, en passant par le voyage interstellaire et notre place dans l'univers.
La musique a été composée par Vangelis, une légende de la musique électronique, ce qui a largement contribué à la popularité de l'émission.

Récemment, une suite à la série a été annoncée, elle sera diffusée en 2014 par la Fox, produite par Anne Druyan, la femme de Carl Sagan, réalisée par Seth Macfarlane, le créateur de... Family guy (j'ai peur) et elle sera présentée par le grand Neil Degrasse Tyson himself, la superstar de la science américaine, et l'astrophysicien le plus BADASS au monde. Non mais visez-moi ce trailer...

Aujourd'hui les épisodes sont disponibles sur le net, donc je vous encourage vivement à tous les regarder, c'est une introduction parfaite à sa philosophie et une parfaite manière de célébrer le CSD tout en mangeant de la tarte aux pommes. Mais attention : un petit avertissement d'ordre médical s'impose avant d'embarquer dans le vaisseau de l'imagination. Ce documentaire est susceptible d'entraîner quelques effets secondaires, dont les symptômes sont les suivants :

- Un profond sentiment d'appartenance cosmique,
- Un regain de foi en l'humanité
- Une profonde remise en question de votre vision de l'univers
- et enfin un sentiment d'inspiration spontanée.

Si ces symptômes persistent n'hésitez pas à contacter votre librairie la plus proche. En attendant, vivement 2014...

Joyeux anniversaire, Carl. Et merci pour tout.