jeudi 5 septembre 2013

La vie d'Archimède en BD !

Il y a quelques années, alors que j'étais encore jeune et beau, je participais à un concours organisé par le magazine de mathématiques Tangente, qui avait pour but de réunir bande dessinée et mathématiques. Une occasion parfaite d'en faire connaître un peu plus sur l'un de mes mathématiciens favoris, le grand Archimède himself !

Au final je n'ai pas gagné le concours, mais le plaisir de la création a largement surpassé tout le reste ! Et aujourd'hui j'ai déterré tout ça et j'ai décidé de vous en faire profiter. Enjoy...


samedi 24 août 2013

Vacances scientifiques: Une visite du synchrotron Australien !



Ah les vacances ! Le Soleil, la plage, les... Accélérateurs de particules ? Et oui, cette année, j'ai décidé de bronzer aux rayons X, car grâce à mon labo génial à Melbourne, j'ai eu la chance de pouvoir visiter, entre deux séminaires d'astrophysique, le "célèbre" synchrotron Australien ! Alors accrochez-vous à vos blouses blanches, car je vous propose une plongée exclusive au cœur du monde de la recherche !

Attends attends... Le Saint Croûton ?

Ah, alors oui il faudrait peut être que je commence par là. Tout d'abord un petit point de physique, c'est toujours bien à placer dans les conversations mondaines :

Quand on plonge une particule chargée (comme un électron ou un proton) dans un champ électromagnétique, sa direction et sa vitesse sont modifiées: le champ Électrique accélère le mouvement de la particule, et le champ Magnétique dévie sa trajectoire. Mais il se trouve que, lorsqu'un électron est accéléré, il émet de la lumière ! En particulier, si on oblige notre particule à faire des tours de terrain pas trop rapidement sur un cercle, celle-ci va rayonner dans toutes les directions et d'une seule longueur d'onde. Par contre, si on l'accélère à des vitesses démentielles sur ce même cercle (et par démentielles j'entends proches de la vitesse de la lumière), un effet bizarre de la relativité restreinte (que je ne vais pas détailler) va faire en sorte que les grains de lumière rayonnés par l'électron, au lieu de s'éparpiller partout, seront émis dans la direction de sa trajectoire, dans un cône de lumière dont l'ouverture sera d'autant plus petite que l'énergie de la particule sera grande. Ce rayonnement, on l'appelle (TIN TIN TIN) le rayonnement synchrotron !
Et donc un Synchrotron (la machine), c'est un grand accélérateur de particules, à peu près de la taille d'un terrain de football, qui va utiliser les propriétés de ce rayonnement pour faire des trucs trop stylés. C'est pas aussi énorme qu'un LHC, mais c'est quand même bien Badass !

Hmm je vois, mais concrètement, il marche comment ton Synchro Tronc ?



Un synchrotron fonctionne en 3 grandes étapes, que j'appelle sobrement le Bang, le Woosh Woosh, et Nioon.

Le Bang: C'est tout bêtement un gros canon qui vomit des paquets d'électrons. Bourrin, mais efficace.
Le Woosh Woosh: Les électrons émis par le canon arrivent dans un anneau Booster qui va, comme son nom l'indique, accélérer à mort tout ce qui se trouve dedans.
Le Nioon: A ce stade, les électrons vont tellement vites que si on les relâchait dans la nature, il pourraient faire 7 FOIS LE TOUR DE LA TERRE EN 1 SECONDE. Oui. Ça calme. Heureusement, on les relâche seulement dans un plus grand anneau, dit "de stockage", où des aimants placés à intervalles réguliers forcent les particules à suivre une trajectoire circulaire, en libérant un rayonnement synchrotron au passage. Ces rayons sont capté dans les bras de l'anneau, qui sont autant de laboratoires qui les utilisent pour des expériences variées.

C'est bien beau mais ça sert à quoi un Sein Gros Thon? 

Ah, excellente question! Eh bien disons qu'on peut voir ce gigantesque canon à patates comme un microscope extrêmement puissant. En effet, il existe en microscopie une loi (la loi d'Abbe-Zeiss) qui indique que la distance entre 2 objets doit être supérieure à un tiers de la longueur d'onde pour qu'ils soient distinguables. Donc en théorie, plus la longueur d'onde est courte, meilleure est la résolution !

Et vois-tu, le rayonnement synchrotron couvre pas mal de longueurs d'ondes, de l'Infrarouge aux rayons Gamma, mais il est particulièrement utilisé dans la gamme des Rayons X. Pourquoi? Parce que son intensité est phénoménale. A côté, les rayons X utilisés dans les hôpitaux, c'est peanuts ! On parle ici d'un rayonnement 1 MILLION DE FOIS PLUS LUMINEUX QUE LE SOLEIL.


Ce genre d'intensités nous donne accès à des zooms extrêmement puissants (x1 Million) et nous permettent d'imager les atomes individuels d'une molécule ! Et les domaines d'applications sont innombrables: de la recherche contre le cancer et le diabète à la création d'énergies non polluantes, en passant par le développement d'un œil bionique, l'étude des fossiles, de nouvelles techniques d'imagerie 2D et 3D, une meilleure compréhension de la matière au niveau atomique etc, etc...

Aujourd'hui les synchrotrons c'est plus de 70 installations dans le monde, dont 2 en France: SOLEIL à Saclay et l'ESRF à Grenoble (cocorico !).

Oui bon blablabla... Et sinon, tu nous la racontes ta visite?

Je digresse, je digresse. Mais c'est pas une raison pour être aussi peu révérencieux.

Notre visite commence dans un grand bâtiment blanc immaculé, du genre ultramoderne et pas facile à nettoyer. Nous y rencontrons Jeff, personnage antipathique qui va nous guider à travers les méandres de l'immense laboratoire. En guise d'introduction, Jeff nous annonce que, comme nous sommes le dernier groupe et qu'il n'a pas de temps à perdre, il va écourter notre visite. Ambiance. Il nous regroupe ensuite face à une grande maquette de l'installation, pour nous expliquer dans les grandes lignes le principe du synchrotron ainsi que l'agencement du lieu. Avant de pénétrer dans l'enceinte du bâtiment, chaque personne reçoit un badge de visiteur. Notre guide, lui, se munit d'un petit dosimètre qui mesure passivement le taux de radioactivité en cas d'accident majeur. Rassurant.


 Puis nous sommes conduits dans le fameux bâtiment où la science se fait. A l'accueil, une dizaine d'horloges indique les heures du monde entier. Il y a même un magasin de goodies ! Si jamais il vous prend l'envie soudaine d'acheter des boules anti-stress aux couleurs de votre synchrotron préféré, c'est ici qu'il faut vous rendre. Sur le mur, une carte du monde criblée de centaines de punaises sur différents pays célèbre le côté international de la recherche.


En pénétrant dans l'immense salle circulaire on a l'impression d'avoir infiltré un repère de méchant de James Bond. Imaginez une gigantesque usine bourrée de tours informatiques, de millions de câbles enchevêtrés et d'azote liquide qui fume. Des containers disposés un peu partout sont les refuges des expériences en cours. Vous sentez cette odeur ? C'est l'odeur de la SCIENCE.


En m'approchant d'un container, je remarque qu'une expérience impliquant des radiations dangereuses a lieu en ce moment même. Je ne m'en approche pas plus...


Nous continuons tranquillement la visite, quand soudain... Là ! Au milieu d'un espace dégagé gît un prototype d'aimant utilisé dans l'anneau de stockage ! Je résiste à l'envie pressante d'y plonger la tête, idée en partie réfrénée par l'ensemble des astrophysiciens VIP qui nous accompagnent... Sur l'écriteau qui accompagne la machine, on peut lire: "Les grands aimants jaunes forcent les électrons à tourner, créant de la lumière de forte intensité. Les aimants verts et rouges, plus petits, servent à concentrer et à orienter les électrons."



Des écrans de contrôle sont disposés à intervalles réguliers tout autour de la salle. Ils donnent des informations sur l'accélération en cours, et sont trop classe.


On a beau dire que ça fait cliché, mais la blouse blanche et les lunettes de protection, ça en jette. Aussi, les minions !


Le physicien dans son habitat naturel. Notez le regard sérieux et attentif du chercheur sur facebook en plein travail.. Il n'est pas conseillé de taper sur la vitre ou de lui jeter de la nourriture, cela pourrait l'effrayer...



Nous avons presque terminé la visite. Jeff en a tellement marre de nous qu'il est parti voir un autre groupe et nous laisse avec une autre chercheuse, beaucoup plus souriante et enthousiaste. Elle nous amène devant un magnifique... Truc ? Alors je suis désolé, mais je ne me souviens plus exactement de ce que c'est, mon attention ayant dérivé sur le fait que cet engin ferait fureur dans un film de science fiction... Personnellement, je penche pour un microscope électronique, mais si vous avez une meilleure idée merci de m'en faire part. Notez l'enrobage copieux de la machine dans du papier alu, le meilleur ami du physicien expérimental, qui lui sert de barrière pas chère à la lumière ambiante, dont les instruments sont très sensibles.


Cet engin clôture donc notre visite, et nous sommes gentiment reconduits à l'accueil, où l'exposition d'art moderne la plus bizarre du monde nous attend. Nous ressortons sous le Soleil australien, des électrons pleins la tête, plus que jamais convaincus de l'apport direct de la recherche fondamentale à la société...


J'ai fait tout ce que tu voulais, tu peux me détacher maintenant?

Ah mais attends, je ne t'ai pas encore parlé de ma visite du Musée de Melbourne, et de sa fantastique collection exhaustive de cailloux du monde entier !

NNNOOOOOOOON !...

jeudi 8 août 2013

L'univers comme vous ne l'avez jamais vu !


   Dans le Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry nous apprend que « l'essentiel est invisible pour les yeux ». Une maxime d'une portée telle qu'elle peut à elle seule résumer notre quête pour comprendre l'univers qui nous entoure.

Pendant près de 3,8 milliards d'années, la vie sur Terre s'est développée autour du Soleil, une étoile de taille moyenne rayonnant dans tout le spectre électromagnétique, mais pas de manière égale: son maximum d'émission se situe dans le vert. 
Pour cette raison, nos yeux, véritables caméras destinées à concentrer la lumière et à la convertir en signaux électriques interprétables par le cerveau, ont évolué de manière à détecter principalement ces longueurs d'onde, où l'énergie est en abondance. Pour l'Homme, le domaine du visible se situe entre 400 et 800 nanomètres, et nous percevons la couleur verte mieux que toutes les autres. Mais alors, vous me dites, pourquoi le Soleil nous apparaît-il jaune, et pas vert ?
Tout d'abord, petite correction: depuis l'espace, le Soleil apparaît complètement blanc ! Car même si plus d'énergie est émise dans le vert, les photons* de toutes les couleurs nous parviennent tous en même temps ! Mais sur Terre, c'est une autre histoire. En cognant sur les molécules d'air de l'atmosphère, les photons
 sont absorbés puis réémis dans toutes les directions et ce de manière sélective: les photons de courte longueur d'onde (plus bleus) sont d'avantage déviés que les photons de grande longueur d'onde (plus rouges). Ce phénomène, couplé au fait que notre cerveau réalise la synthèse de toutes les couleurs qu'il voit, donne non seulement au ciel sa couleur bleue, mais aussi au Soleil sa teinte jaune!

 *des petits paquets d'énergie qui constituent la lumière au niveau fondamental

 
Mais l'univers est bien plus riche que nos sens ne nous permettent de percevoir ! Le domaine du visible ne représente en effet qu'une infime fraction de la totalité du spectre électromagnétique.

 

D'autres espèces se sont bien sûr adaptées à vivre dans des environnements qui les ont poussés à exploiter d'autres domaines de longueurs d'ondes ou même d'autres propriétés de la lumière. L'exemple le plus impressionnant en est certainement la squille, ce petit crustacé multicolore d'une vingtaine de centimètres que l'on peut trouver dans l'océan Pacifique et Indien. Chef d’œuvre de la nature, celle-ci possède un champ de vision qui s'étend à l'ultraviolet et à l'infrarouge, des yeux dont chacun est capable de voir en 3 dimensions indépendamment de l'autre, et qui peut s'orienter, à la manière des abeilles, en détectant la direction des oscillations des ondes lumineuses !

 
Mais grâce aux télescopes, l'Humanité est bien la première espèce à pouvoir étaler son champ de perception à tout le spectre électromagnétique. Nos radiotélescopes scrutent les confins de l'univers, à la recherche des astres les plus étonnants: des pulsars, ces étoiles en fin de vie en rotation extrêmement rapides, aux noyaux actifs de galaxies, les objets les plus lumineux de l'univers. Grâce à eux, nous savons à présent que nous baignons tous dans la lumière rémanente du Big Bang, et nous étudions en détail les gigantesques nuages d'hydrogène qui donnent naissance aux étoiles.

L'astronomie infrarouge nous permet (entre autres) de sonder l'intérieur même des nébuleuses, complètement opaques dans le visible à cause de l'absorption de la lumière par les poussières interstellaires, révélant ainsi les étapes clés de la formation des étoiles.

Quant aux rayonnements les plus énergétiques, comme les rayons X ou Gamma, ils sont pour la plupart absorbés par les molécules de l'atmosphère et n'atteignent pas le sol. Alors, pour scruter les événements les plus violents de l'univers, nous devons envoyer nos instruments dans l'espace.


 
Ces prothèses mécaniques nous permettent d'assister en direct à la mort des étoiles massives, qui prend forme dans une explosion cataclysmique, plus brillante qu'une galaxie toute entière. Nous découvrons de gigantesques jets de particules dans l'axe de rotation des pulsars, où la matière est éjectée à plus de la moitié de la vitesse de la lumière. Nous analysons en détail les éruptions solaires, responsables des aurores boréales et australes, et dont chaque panache gazeux projeté par notre astre pourrait à lui seul contenir plusieurs fois la Terre

Les images qui nous parviennent de ces télescopes révèlent un univers d'une stupéfiante complexité, en constante évolution, mais surtout d'une extraordinaire beauté. Le résultat d'un long travail de traitement d'images, impliquant souvent de superposer l'invisible et le visible, rendant l'imperceptible perceptible, élevant les astronomes au rang d'artistes dont l'univers est la toile.

 
Mais alors, quel univers verrions-nous si nous pouvions balayer l'intégralité du spectre électromagnétique ?
C'est la question que je vous propose d'explorer, à travers une série de GIF animés réalisés par votre serviteur (et pouvant être utilisés sans modération, vous avez ma permission ;p), à partir des images de l'excellent site Cool Cosmos.

 La galerie se trouve ici: L'essentiel est invisible pour les yeux

  La Voie Lactée, notre galaxie
Keep looking up !

jeudi 6 juin 2013

L'Art perdu du Dessin Animé éducatif

 Laissez-moi vous raconter une histoire...
Croyez-le ou non, il fut un temps où la télévision pouvait servir à autre chose que de "vendre à Coca-Cola du temps de cerveau humain disponible ". Un temps où C'est Pas Sorcier n'avait pas encore à se soucier de son avenir, où Plus Belle la Vie n'avait pas atteint le statut de pinacle intellectuel du petit écran, et où Nabila elle-même n'avait pas de cheveux. Oui ça remonte.

 En ce temps-là vivait un petit garçon qui après l'école passait une quantité malsaine d'heures devant la télé. Son petit cerveau, avide de connaissances et de Pokémon, ne pouvait se lasser du flot continu d'informations que lui déversait le petit écran. Il vouait une passion toute particulière aux dessins animés. Il ne comprenait pas pourquoi les grandes personnes s'entêtaient à ignorer (au mieux) ou à s'acharner (au pire) contre ces "bêtises" qu'il affectionnait tant. Après tout, il avait appris plein de choses sur dinosaures hier soir dans le Bus Magique, et le système digestif n'avait plus de secrets pour lui depuis cet épisode d'Il était une fois la Vie ! Il sentait bien que si les adultes étaient aussi grognons aujourd'hui, c'est qu'ils avaient manqué quelque chose de crucial dans leur enfance. "Eh ben de toute façon, quand je serai grand et pilote de vaisseau spatial, je vais leur montrer moi que les dessins animés c'est pas aussi bête que ça ", se dit-il un jour, les yeux brillant d'ambition. Puis il changea de chaîne.
10 ans plus tard...
  Le voyage d'aujourd'hui ne vous conduira pas dans tout l'univers, mais plutôt dans le passé. Dans votre passé même, si vous avez eu la chance de grandir dans les années 80-90. Il se veut un hommage à cet art déchu qui manque cruellement au paysage télévisuel moderne: le dessin animé éducatif. Ces séries ont éveillé la curiosité de millions d'enfants (et, avouons-le, d'adultes aussi) sur le monde qui les entoure, et ont entretenu leur sens de l'émerveillement. Victimes d'une audience qui privilégie le divertissement à l'éducation, ces séries sont aujourd'hui en voie de disparition.
A travers cet article, je vous propose de découvrir ou de redécouvrir ces perles de la télévision, épisodes à la clé, avant qu'elles ne se perdent dans l'abîme, et je souhaite que, pendant un bref instant, vous retrouviez en vous ce petit garçon ou cette petite fille qui passait son temps à poser des questions stupides, une étincelle dans les yeux...

Ordy - Les Grandes Découvertes (Kazuyoshi Yokota, 1989)


Comment traiter objectivement une série qui a littéralement façonné votre façon de voir les choses? Très difficilement je dois l'avouer. Mais je pense qu'il est sûr d’affirmer qu'Ordy mérite amplement sa place au panthéon des séries éducatives !

On y suivait les aventures de deux enfants de 8 ans, Alex et Zoé,  gravement atteints d'un cancer du poumon si l'on en croit les doublages français (mais bon, c'était ça ou les doubleurs de Ken le survivant alors...), et qui au lieu de jouer à Asteroids ou à Pong sur Atari comme tout enfant de l'époque  normalement constitué passaient leur temps à faire des recherches sur ordinateur sur tout et n'importe quoi. C'est alors qu'apparaissait Ordy, le génie de l'ordinateur, sorte de créature rose mi-biologique, mi-numérique, afin de les guider dans leur éternelle quête de connaissance.

Ah Ordy, non seulement tu savais tout sur tout, mais tu nous emmenait aussi sur le terrain, au cœur même de la vie des savants, vivre en direct les plus incroyables découvertes de l'Histoire ! Grâce à toi, j'étais avec Champollion lorsqu'il dévoilait les secrets de la pierre de Rosette, avec Louis Pasteur lorsqu'il réfutait courageusement les théories de génération spontanée de Pouchet, avec Enrico Fermi lorsqu'il mettait au point la radioactivité artificielle...

Ludique et pédagogique, la série n'a malheureusement pas rencontré le succès qu'elle méritait. Avec à peine 52 épisodes (sur 127 !) diffusés en France en 1989 et quelques VHS, elle n'a jamais fait l'objet d'une sortie en DVD. Certains épisodes trainent cependant sur le Web, comme celui ci-dessous sur l'énergie nucléaire. Faites-vous une faveur et regardez-en un. Vous me remercierez plus tard...




Pendant ce temps, sur Windows 98...
RIP Clippy...


Il était une fois... (Albert Barillé, 1978 - 2008)



Les premières notes de l'envoûtante "Toccata et fugue en ré mineur" de Bach hantent vos nuits... Parfois, il vous prend comme une envie irrépressible de visiter l'intérieur de votre intestin grêle... Les paroles d'un refrain jusque là oublié résonnent alors dans votre tête, telle une incantation. Toujours les mêmes mots, répétés à l'infini, encore et encore et encore...
La vie la vie la vie la vie la vie la vie la vie la vie...
Non, vous ne devenez pas fous, vous êtes simplement atteints du syndrome "Il était une fois...". Et vous n'êtes pas seuls ! Car la série culte d'Albert Barillé, par son alchimie subtile entre rigueur scientifique, humour et humanisme affiché, a certainement inspiré plus de vocations qu'il ne soit possible de quantifier.

La saga impressionne tout d'abord par l'exhaustivité des sujets qu'elle aborde: l'Homme, l'Espace, la Vie, les Amériques, les Découvreurs, les Explorateurs, la Terre... Tout y passait! 
Une grande partie de sa réussite provient aussi de ses personnages récurrents et attachants, comme Maestro le vieux sage, Pierrot et Pierrette, Petit-Gros ou encore le Teigneux, qui constituaient un véritable fil directeur entre les différents chapitres.

Toute ressemblance avec des personnages 
existant ou ayant existé serait fortuite...

 Diffusé dans 120 pays et récompensé par de nombreux prix, la série a connu un succès total et international qui, après plus de 25 ans, l'a hissé au rang de classique ultime du genre. Au final on ne regrettera que le fait qu'Albert Barillé, mort en 2009, n'ait pas pu mettre la touche finale à sa gigantesque fresque universelle, qui devait s'appeler "Il était une fois... le progrès". On lui laissera donc le mot de la fin, qui résume parfaitement la philosophie de son œuvre:
« J'ai réalisé "Il était une fois... Notre Terre" pour vous aider à prendre conscience que vous, les jeunes, êtes et serez les acteurs incontournables d'un développement durable. Que par chacun de vos gestes, vous agissez directement sur la planète, les hommes et le développement. Et aussi pour vous ouvrir des portes et vous donner l'envie d'agir positivement, de devenir des citoyens responsables, car VOUS êtes les "Héritiers de la Planète". » - Albert Barillé
 Ci-dessous un épisode génial consacré au cerveau.


Le Bus Magique (Joanna Cole, 1994-1997)



UNE ÉLÈVE DE PRIMAIRE, COINCÉE DANS UN SPHINCTER,REPREND SA TAILLE INITIALE, CAUSE L'EXPLOSION D'UN AUTRE
Lors d'un voyage d'étude dans le corps de Raphaël Tennelli, qui se plaignait de diarrhées, Véronique Li, élève de la classe de Mme Bille-en-Tête à l'école primaire de Walkerville, a trouvé la mort Jeudi dernier d'une manière peu commune. Une enquête préliminaire a déterminé que, suite à un sabotage du célèbre Bus magique délibérément causé par le caméléon de la classe, la petite Véronique, qui était réduite à la taille d'une cellule pour l'occasion, a subi une inflation soudaine qui a causé la mort par éclatement de Raphaël, ainsi que la sienne. Le caméléon court toujours. La classe, choquée, revient sur cet évènement tragique...
- "Je savais bien que j'aurais du rester chez moi ce jour-là. Je le savais... Je le savais... JE LE SAVAIS !" -Arnaud Perlstein, ancien élève de Mme Bille-en-Tête

- " « Mais où est donc passé votre esprit d'aventure? », qu'elle disait... Au final, c'est la dernière chose qu'elle ait dite." Ophélie Terese, ancien élève de Mme Bille-en-Tête

- "Comme je le dis toujours, faire prendre des risques à mes élèves a toujours fait partie de ma stratégie éducative. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, j'ai quelques coups de fil à passer..." - Mme Bille-En-Tête, ex-institutrice, actuellement en examen  


Sérieusement, c'est le genre de scénario auquel on pourrait s'attendre si ce dessin animé se voulait plus réaliste. Et pourtant, qu'est ce que je rêvais de faire partie de cette classe, à l'heure du goûter pendant les Minikeums.

C'est vrai quoi, imaginez pouvoir explorer chaque recoin de l'univers avec un plein de Super,  parce que votre Bus peut se transformer à souhait en fusée, en sous-marin ou en avion ! Et que dire de Mme Bille-en-Tête, qui est sans conteste LA maîtresse qu'on aurait tous voulu avoir au moins une fois dans sa vie. Elle s'habille tous les jours de manière extravagante, ne s'énerve et ne panique jamais,  reconnait la valeur de l'erreur dans le processus d'apprentissage et peut se transporter n'importe où dans l'espace et dans le temps ! Ça ne vous rappelle pas quelqu'un ?...

Your mind is now blown.

Pas sûr que l’Éducation Nationale approuve ses méthodes par contre... Car ces voyages d'étude, s'ils remplissent parfaitement leur rôle pédagogique, ne sont pas de tout repos et donnent souvent lieu à des situations aussi inattendues qu'une tentative de suicide sur Pluton (!!) ou un engluement massif dans du sperme de saumon (!?).
Petit plus non négligeable, à la fin de chaque épisode, un segment intitulé "Allô le Bus magique ?" revenait sur l'aventure du jour en apportant des précisions scientifiques et une bonne dose d'auto-critique concernant les libertés prises avec la réalité.

Issu d'une série de livres pour enfants écrits par Joanna Cole, le dessin animé a connu un grand succès à l'époque de sa diffusion, et a notamment été cité parmi les émissions pour enfants les mieux notées de la chaîne PBS.

Depuis, des tonnes d'épisodes peuvent être visionnés sur Youtube, comme celui-ci qui nous apprend quelques éléments de physique Newtonienne...


Ces petits iront loin...

Donald au pays des Mathémagiques (Hamilton Luske, 1959)


On l'a tous entendu quelque part. Certains d'entre vous l'ont pensé. Peut être même le pensez-vous encore! La remarque ultime et inévitable de Jean-Kévin, du fond de la classe, source de dépression pour tous les professeurs du monde:
"Mé en fête, dan la vrai vie, les math, sa sers tro à ke dale msieur! Lol"

Tu commences sérieusement à me les briser Jean-Kévin...

... N'est peut-être pas la réponse appropriée à cette remarque tout à fait légitime. Contrairement à ce chef d’œuvre animé des studios Disney, nominé pour l'Oscar du meilleur court métrage documentaire en 1960. Témoin d'une époque où le grand Walt s'était mis en tête d'éduquer le monde1, avec notamment l'excellente série de spéculation 'Man in Space', sur l'avenir de la conquête spatiale2, 'Donald au pays des Mathémagiques' reste le plus populaire des films éducatifs produits par la firme aux grandes oreilles.

Ce moyen métrage d'une trentaine de minutes commence à la manière d'Alice au Pays des Merveilles3. En chassant le lapin, Donald trouve par hasard l'entrée d'un monde magique, où les maths sont omniprésentes, au sens propre du terme: les arbres ont des racines carrées, les oiseaux y récitent Pi4 etc etc... Soudain, l'intrépide canard est abordé par le narrateur, l'Esprit de l'Aventure (oui bon), qui entend bien lui faire découvrir la magie des mathématiques. Mais Donald, tel notre cher Jean-Kévin, se rebiffe bien vite, les mathématiques étant selon lui un truc de "grosses têtes". Qu'à cela ne tienne, l'Esprit va le téléporter contre son gré dans un voyage à travers l'histoire de la musique, de l'art, de l'architecture, du sport afin d'introduire certains concepts fondamentaux et applications des mathématiques, comme le rectangle d'or ou les surfaces de révolution. Tout en nettoyant (littéralement) au passage le cerveau de Donald de ses préjugés et idées fausses. Radical mais efficace.

Le film se termine donc sur la fameuse citation de Galilée,
" Les mathématiques sont l'alphabet avec lequel Dieu a écrit l'univers."
Il faut dire que, plus de 50 ans après sa production, cette œuvre n'a pas pris une ride ! Ma seule critique concernera la voix de Donald, quasi-incompréhensible tant il parle du bec. Mais je vous laisse juger, car le dessin animé est disponible en intégralité ci-dessous !



1 les temps ont bien changé...
2 http://www.youtube.com/watch?v=ZWJrvT9sTPk
3 les références à Lewis Caroll sont assez nombreuses dans le film
4 le spectateur attentif (et un peu chiant) remarquera une légère erreur sur la valeur de Pi, qui est de 3,141592653589793, et non 3,141592653589747 !

Voyage en électricité (Jacques Rouxel, 1981-1983)


Imaginez une série éducative dans le style des Shadoks. Réalisée et narrée par le père des Shadoks. Ça serait pas génial? Ne contenez plus vos orgasmes, mesdemoiselles, car une telle série existe, et elle s'appelle "Voyage en électricité" ! Coproduite par la Cité des Sciences et de l'Industrie et EDF, elle explore toutes les facettes imaginables de l'électricité, de sa production à sa distribution, en passant par sa nature et son fonctionnement.

Ce que j'apprécie particulièrement, c'est que la série ne perd pas le spectateur dans des considérations encyclopédiques, les inventeurs et scientifiques étant tous relégués au rang de "messieurs", mais se concentre plutôt sur les aspects physiques. Et franchement, les concepts théoriques abordés y sont étonnamment riches et expliqués de manière tellement claire, que si j'avais pu découvrir cette série plus tôt, j'aurais certainement mieux réussi en prépa...

Si vous ne me croyez pas, vous pourrez le vérifier par vous-mêmes, car l'intégralité de la série a été mise en ligne par sa société de production, ici: Playlist - Voyage en électricité

Le courant alternatif triphasé n'aura bientôt plus de secrets pour vous !



Comment ça marche (David Macaulay, 2001-2002)

Avant de développer sur la série, il faut absolument que je vous fasse un topo sur le fantastique livre dont elle est inspirée. Car "Comment ça Marche", le livre, est l'un de ceux qui nous marquent à vie parce qu'ils nous ont permis de comprendre des choses vraiment essentielles sur notre quotidien.


Si vous vous êtes déjà demandé comment un avion peut voler, par quelle magie votre ordinateur enregistre vos dossiers porno données essentielles ou encore comment votre appareil photo arrive à capturer la magnifique Duckface que vous avez réalisée à la dernière soirée de Jean-Eudes, ce bouquin vous donne toutes les réponses et même plus ! Les magnifiques illustrations de David Macaulay explorent l'intérieur des machines avec moult détails, et l'on se surprend à étudier les graphiques pendant des heures histoire de ne pas louper le minuscule Mammouth caché qui opère les engrenages en arrière-plan.


Oui, des Mammouths. Vous avez bien lu. L’obsession de l'auteur pour ces gros animaux poilus et rigolos, présents à chaque page du livre, est en partie responsable de sa renommée internationale.
Son seul inconvénient est que, n'étant plus édité, il est devenu incroyablement difficile à trouver, et les copies d'occasion se vendent aujourd'hui à prix d'or. Je ne saurai trop vous conseiller de faire un tour dans votre bibliothèque locale, car il y a de fortes chances que vous arriviez à mettre la main dessus.

Le succès retentissant de ce livre a permis à David Macaulay de diversifier son univers, avec notamment une version CD-Rom très réussie qui complétait les explications fournies par le livre, et une série d'animation éponyme, produite par la société Millimages pour la BBC.

Animée entièrement à la main, elle racontait les déboires d'une famille habitant l'Ile des Mammouths1, qui a apparemment échappé à la mondialisation car nul Monoprix et nul McDonald ne vient souiller le paysage, ce qui en contrepartie oblige ses résidents à vivre dans des conditions un peu primitives.
Heureusement que sur cette île vit un inventeur sympathique, initialement en vacances mais qui au fil des épisodes va réinventer à lui seul toutes les technologies connues, de la route au téléphone, afin d'améliorer la vie de cette famille d'éleveurs de Mammouths. Il sera aidé dans sa quête par Olive, une gamine de 14 ans qui a de la suite dans les idées, et Troy, le benêt de service.

La série reprend les éléments qui ont fait la popularité du bouquin de Macaulay, en particulier les illustrations claires et ludiques et les Mammouths. Malheureusement, son destin s'avèrera plus sombre que son homonyme de papier, car faute d'audience suffisante, elle fut annulée après sa première saison. Dura Business lex sed lex.

Et c'est vraiment un gâchis si l'on considère le potentiel de ce dessin animé, qui même si ses personnages manquaient un tantinet de charisme et même si son générique était l'un des moins harmonieux du monde (je pèse mes mots), fonctionnait réellement en terme de pédagogie et de précision scientifique.

Aujourd'hui vous pourrez retrouver quelques épisodes sur Dailymotion:  Magicmaman TV



1Questionner la validité scientifique de cette assertion ne sera pas l'objet de cet article. N'empêche. L’Ile des Mammouths? Sérieusement?

Les Aventures de l'énergie (Jean-Louis Besson, 1975)


 Comme la série est assez ancienne, tous les épisodes ont été mis à votre disposition sur le portail d'enseignement d'EDF (il vous faudra chercher un peu dans le fouillis multimédia de la page...), qui se trouve à l'adresse suivante: EDF - Espace Enseignants

Et histoire de vous donner un aperçu, vous pourrez savourer ci-dessous l'épisode consacré à la découverte de l'électricité... 


Finalement si on devait ne tirer qu'un enseignement de la série toute entière, ce serait celui-ci: "Le premier outil, c'est l'imagination."

Le Bonheur de la vie (Jacques-Rémi Girerd, 1991)



Il est un moment dans la vie d'une famille qui fait frémir les parents de la Terre entière. Un moment de panique d'une intensité rare, d'ordinaire déclenchée par l'assemblage de sons suivant: "Papa comment on fait les bébés-euh ?" Ledit papounet, pour peu qu'il n'ait pas de bouteille de lait à disposition sera bien embêté car fort peu préparé à ladite question, tant le sujet est délicat. Alors, dans le vain espoir de repousser l'échéance et ainsi protéger son cher marmot qui aura bientôt 22 ans, il tentera une explication maladroite, mixture indigeste à base de reproduction ciconiidéenne et de génération spontanée crucifère. Parents je vous le dis, ne vous étonnez pas si après des histoires comme celles-là le petit Théo ne finit pas ses légumes à la cantine.

Certains diront que je suis prêt à tout pour gagner un lectorat féminin... 
C'est vrai.

Heureusement que Mamie est là pour leur dire les choses en face, à ces bambins ! Heureusement que Mamie est sponsorisée par le Ministère de la santé, de la Culture, et par France 3 ! En 20 épisodes de 5 minutes, elle aborde des sujets aussi difficiles que la puberté, l'amour, et le sexe, sans complexe ni tabou, mais toujours avec tact, en remplaçant certaines scènes salaces (comme la fois où Eustache a voulu faire le coup de l'hélicoptère russe à Josiane) par des animaux mignons.

En somme, une série éducative tout ce qu'il y a de plus saine et inoffensive, et qui rendrait service à pas mal de familles en leur évitant un grand moment de solitude, non? Et pourtant... La série a connu une sacrée controverse à l'époque de sa diffusion. Mais qui diable peut bien s'acharner contre une telle série, hmm? Je vous laisse deviner:
Réponse a: la secte des Bisounours Périgourdins
Réponse b: les évêques de France
Réponse c: Obi-Wan Kénobi
Réponse d: la réponse d.
 Contre toute attente, la bonne réponse était bien la b. Vous êtes trop forts. Et il y en a eu de l'énergie déployée pour stopper la diffusion de ce dessin animé "pervers", à grands coups de manifestations et de pétitions... Heureusement sans succès.

Depuis l'intégralité de la série est disponible en DVD, et de rares épisodes ont été uploadés sur le net, comme celui-ci dessous, sur la fécondation.



Professeur Gamberge (France 3, 2008)


"Nom de Zeus Marty, essaies de comprendre, il fallait bien que je finance la Delorean ! Je ne pouvais pas refuser cette offre de France 3 ! Et puis ce n'est qu'un peu de babysittLEO REPOSE-MOI CE PLUTONIUM !!"

Si vous avez toujours voulu poser des questions scientifiques au professeur Gamberge à Doc Brown, votre vœu a été exhaussé ! Professeur Gamberge est la tentative la plus récente que je connaisse d'un dessin animé éducatif au pays du fromage qui pue. Et on sent en filigrane que le concept peine à gagner les faveurs des grands groupes télévisuels français: le format est plus court (des épisodes de 2 min) et l'animation moins ambitieuse.

Chaque épisode est centré sur une question, qui peut être scientifique (pourquoi la mer est salée ? pourquoi il y a des tremblements de terre?...) mais aussi d'actualité (à quoi sert l'Union Européenne ? c'est quoi un paradis fiscal ? ou encore qu'est-ce que la crise ?), le but de la série étant de donner à un jeune public les clefs pour comprendre les problèmes auxquels fait face notre société, tout en développant leur esprit critique.

Une mise en scène par Charlotte, Rita et Léo, les personnages principaux, introduit la question de l'épisode. C'est alors qu'intervient le professeur Gamberge (interprété par Pierre Hatet, la voix française de Doc Brown), savant fou babysitter (?), qui comme tout savant fou qui se respecte vit dans une maison-observatoire et conduit la voiture des Ghostbusters. Si seulement... La suite est classique: le prof répond à la question, blague (pourrie), hilarité générale, fin de l'épisode.

Notons au passage qu'une collection de livres pour enfants dans l'univers de la série a ensuite été créée, afin de traiter les questions abordées plus en détail.

Pas mal d'épisodes de la série trainent sur le web, dont voici un exemple ci-dessous, concernant l'utilité de la Station Spatiale Internationale:



***
 
Si j'ai écrit ce long article c'est pour établir l'observation suivante: à l'heure où les techniques d'animation modernes peuvent faire des miracles au niveau pédagogique et artistique, et que le marché des séries éducatives ne croule pas sous la concurrence, il n'y a pourtant AUCUNE série pour prendre la relève des grands noms de la génération précédente. Au vu de la place prépondérante que la télévision occupe dans nos vie, ce constat est aberrant.
Selon un sondage de l'Insee, les français passent 3 heures par jour devant le petit écran (2h pour les enfants de 11 à 14 ans). On ne peut donc que déplorer la fraction lamentable de ce temps allouée à la découverte et à l'éveil. Ce qui m'amène à la question suivante: par quel processus pervers notre société a t-elle évolué pour que l'éducation même de nos enfants soit reléguée au second plan ?
Heureusement, face à ce néant intellectuel, des voix se lèvent et des alternatives émergent, mais ce sera l'objet d'un prochain article...


En attendant, je vous laisse méditer sur cette réflexion de Carl Sagan:
"Nous vivons dans une société absolument dépendante des sciences et de la technologie, et pourtant nous avons savamment arrangé les choses de manière à ce que presque personne ne comprenne les sciences et la technologie. C'est clairement l'indication d'un désastre."



lundi 29 avril 2013

Notre place dans l'Univers Partie 2: se repérer dans le Temps


"Je voudrais voir le monde dans un grain de sable,
Et le paradis dans une fleur sauvage,
Tenir l’infini dans la paume de ma main,
Et voir l'éternité durer une heure." -William Blake

Dans cette deuxième partie de notre voyage spatio-temporel virtuel (dont la 1ère partie est à lire ici), consacrée à notre rapport face au Temps, je vous ai réservé une place dans mon TARDIS numérique pour explorer la folle Histoire de l'Univers, depuis ses balbutiements quantiques jusqu'à son inexorable mort thermique, ainsi que les différentes manières d'en représenter les nombreuses péripéties...

Allons-y !

Le projet Big History (David Christian, Bill Gates, 2011)

Pour appréhender les enjeux auxquels fait face notre espèce, il est nécessaire de comprendre les processus qui ont fait de nous ce que nous sommes, ainsi que notre place dans l'univers. Comment rendre cette histoire accessible à tous? Un projet d'une telle ampleur existe, et mérite à mon sens d'être mieux reconnu. C'est le Big History Project.

Le but? Un projet collaboratif pour donner à des étudiants de lycée un survol exhaustif de l'histoire de l'univers, du Big Bang à l'Internet.

Pour avoir une bonne idée de la nature de ce projet ambitieux, je laisse la parole à l'un de ses plus illustres promoteurs, l'historien David Christian, qui dans cette conférence incroyable nous dresse un portrait cohérent et fascinant de la Big History. En 18 minutes s'il vous plaît.


 Le Big History Project est parti d'un constat simple: de nos jours, l'éducation est devenue trop fragmentée. Mathématiques, Sciences, Histoire... Les élèves apprennent des faits qui n'ont à première vue pas de connexions entre eux. Un changement de paradigme dans le système éducatif était donc nécessaire.



Financé par Bill Gates himself,  Big History est un cours gratuit et disponible en ligne (sous réserve d'inscription sur le site du projet, pour l'instant), en 10 unités thématiques, du Big Bang au futur de l'humanité, en passant par l'apparition de la vie, le développement des civilisations, l'accélération des changements...

Pour l'avoir testé personnellement, j'ai été surpris et charmé par la qualité et la variété des sujets proposés, ainsi que par la clarté de l'interface, dans le style d'un livre illustré sur Ipad ! Je pourrais passer des heures à parcourir les différents articles...

Mais ça ne s'arrête pas là ! En parallèle à ce cours, grâce à la magie du HTML5, une gigantesque frise numérique interactive, Chronozoom, a été créée en partenariat avec les laboratoires de Microsoft et de l'université de Berkeley et de Moscou. Vous pouvez explorer à souhait la version bêta de ce site par ici !



Le calendrier cosmique (Carl Sagan, 1980)

Et si on ramenait les 13.8 milliards d'années de l'histoire de l'univers à un an ? C'est ce que propose Carl Sagan (oui, encore lui) pour la première fois dans son best-seller The Dragons of Eden (Prix Pullitzer 1977). Une idée brillante, puisqu'elle permet de conceptualiser des échelles de temps totalement inimaginables à notre niveau ! A ce rythme, chaque jour du calendrier représente 37 millions d'années. Ainsi, le Big Bang se produit le 1er Janvier à 0h01 (bonne année!), et la Terre arrive le 14 Septembre. Les dinosaures se font déplumer le 30 Décembre. Quant à l'Homo Sapiens? Associable comme il est, il n'arrivera pas avant le 31 Décembre à 23h56. Toute notre Histoire est donc condensée dans les 4 dernières secondes de l'histoire cosmique. Ça laisse songeur...

Le calendrier cosmique a été popularisé plus tard grâce à la géniale série de documentaires Cosmos, dont voici un extrait:



Une version papier et poster de ce calendrier est aussi disponible à cette adresse (en français): http://www2.iap.fr/users/alfred/calendrier.html

Du Big Bang à nos jours, échelle temporelle animée (John Kyrk, Uzay Sezen, Université de Géorgie, 2013)
"Il semble que l'univers ait vu le jour suite à un événement singulier, 'une époque telle que le temps lui-même n'existait pas auparavant' "   - Sean Carroll 
C'est par cette citation du célèbre cosmologiste que l'on est accueilli sur la page. Et on n'en est pas à notre dernière surprise. Car cette animation est à la visualisation du temps ce que "Scale of the Universe 2" est à l'espace. Une frise interactive incroyablement riche et visuellement étonnante, qui nous offre un voyage haut en couleur, rempli de bonus cachés (n'hésitez pas à cliquer partout !), à travers les grands événements qui ont marqué l'histoire du monde. A ne manquer sous aucun prétexte !

L'aventure commence ici: From The Big Bang to Today: timeline of evolution (cliquer sur le triangle rouge puis le glisser vers la droite)

Exploring time (Twin Cities Public Television, Red Hill Studios et NHK, The Science Channel, 2007)




Exploring time est moins une histoire de l'univers connu qu'un voyage à travers les échelles de temps naturelles ainsi que notre rapport face à elles. Dans cette série de mini-reportages en 17 épisodes (2h en tout), des phénomènes aussi variés que le pliage des protéines, les courants marins ou l'expansion de l'univers vous seront expliqués en liaison avec leur durée, du temps de Planck aux milliards d'années.


L'intégralité des épisodes est à regarder ici (en anglais): Exploring Time


Graphique chronologique depuis le Big Bang jusqu'à la mort thermique de l'univers (Wikipédia)

De toutes les représentations du temps, la frise chronologique est la plus répandue. Mais comment montrer de manière lisible 13,8 milliards d'années d'évolution cosmique? Grâce à une échelle logarithmique bien sûr ! (c'est-à-dire en utilisant les puissances de 10)
La frise est de plus interactive et en prime, vous aurez un aperçu de la fin de l'univers. Ambiance !



Via Wikipédia - Graphique chronologique depuis le Big Bang jusqu'à la mort thermique de l'univers

PS: Un listing détaillé de tous les événements géniaux de l'univers (TOUS) est à lire ici (en anglais) : Wikipedia - Detailed logarithmic timeline

Du Big Bang au Vivant (Hubert Reeves, Jean-Pierre Luminet, 2010)

Quoi de mieux que de se laisser bercer par l'histoire du monde narrée par les voix envoûtantes d'Hubert Reeves et de Jean-Pierre Luminet ? La réponse est rien. C'est ainsi qu'est né ZE projet francophone et multiplateformes "Du Big Bang au Vivant". Celui-ci a pour but de rendre limpides et accessible à tous les fondements de la cosmologie moderne. Si vous vous posez des questions sur nos origines, il y a de fortes chances que ce projet en réponde à certaines !

  • L'application Ipad: à télécharger ici 
  • Le long métrage : à regarder en entier ci-dessous


L'Histoire de l'Univers en 250 mots au plus (Eric Schulman, 1997)

Eric Schulman est un sacré zigoto. Astrophysicien et humoriste, il a écrit pas mal d'articles rigolos dans le célèbre magazine "Annals of Improbable Research" (par les organisateurs du prix Ig Nobel), tous lisibles par là. On retiendra en particulier le brillant "How to write a Scientific Paper" ou encore "l'Histoire de l'Univers en 250 mots au plus" :

Fluctuation quantique. Inflation. Expansion. Interaction nucléaire forte. Annihilation particule anti-particule. Production de deutérium et d'hélium. Perturbation de densité. Recombinaison. Radiation du corps noir. Contraction locale. Formation d'amas galactiques. Reionisation. Relaxation brutale. Virialisation. Formation des galaxies. Fragmentation turbulente. Contraction. Ionisation. Compression. Hydrogène opaque. Formation d'étoiles massives. Ignition du deutérium. Fusion de l'hydrogène. Epuisement de l'hydrogène. Contraction du noyau. Expansion de l'enveloppe. Fusion de l'hélium. Fusion du carbone, de l'oxygène, du silicone. Production du fer. Implosion. Supernovae. Projection de metaux. Formation des étoiles. Supernovae. Formation des étoiles. Condensation. Accrétion planétaire. Différentiation planétaire. Solidification de la croûte. Expulsion des gaz volatiles. Condensation de l'eau. Hydrolyse. Production d'ozone. Absorption des ultraviolets. Protozoaires photosynthétisants. Oxydation. Mutation. Sélection naturelle et évolution. Respiration. Différentiation céllulaire. Reproduction sexuée. Fossilisation. Animaux terrestres. Extinction des dinosaures. Règne des mammifères. Glaciation. Apparition de l'homme. Domestication. Surplus alimentaires. Civilisation! Invention. Exploration. Religion. Guerre. Grandeur et décadence des empires. Exploration. Colonisation. Impôts abusifs. Révolution. Constitution. Elections. Expansion. Industrialisation. Rebellion. Déclaration d'indépendance. Invention. Production de masse. Urbanisation. Immigration. Guerre. Société des Nations. Suffrage universel. Dépression. Guerre. Explosions nucléaires. Nations Unies. Exploration spatiale. Assassinats. Sorties lunaires. Déprime. Informatique. Economie mondialisée. Terrorisme. Expansion de l'Internet. Réunification. Dissolution. Création du World Wide Web. Composition. Extrapolation?


Ce texte a eu un certain succès lors de sa parution. Il a été traduit dans plus de 30 langues, et des versions totalement délirantes de l’œuvre ont vu le jour ! Toutes les versions sont à consulter ici, Mention spéciale à la version Wiki, avec les définitions de tous les mots, à la version binaire, Morse, ADN, ou encore sous l'eau (!).

Our Story in 1 Minute (Melodysheep, 2012)

Si vous avez une minute à perdre, cette vidéo sera le meilleur usage que vous pourrez en faire. Et tant que vous y êtes, jetez un œil aux autres créations scientifico-musicales de Melodysheep, notamment la série des Symphony of Science, ça vaut le détour !


The History of the Universe in 10 minutes (bdwilson1000, 2012)

Si vous avez 10 minutes à perdre... Vous avez compris l'idée. Ce mash-up issu des plus beaux rendus de reportages est un régal pour les yeux ! Et il faut avouer que la musique de M83 ajoute beaucoup à son charme. Duuude...




Cosmic Evolution (Harvard / Smithonian Center for Astrophysics, 2013)

Après quelques temps de réflexion, vous vous êtes décidés. Vous voulez TOUT savoir sur notre histoire. Connaître enfin l'état de l'art de la cosmologie contemporaine. Si vous n'êtes pas anglophobes, vous pourrez difficilement trouver mieux que ce site ! Divisé en plusieurs époques, de la soupe de particules primordiales au futur de notre espèce, et avec des vidéos, des animations et des suppléments techniques pour ceux qui en veulent vraiment, ce site très complet se lit presque comme un livre de référence...

Un pavé numérique à savourer ici


PS: Dans le même genre, en plus simple peut être, le site The Universe Adventure est aussi un excellent morceau de vulgarisation à mettre entre toutes les mains ! (aussi en anglais)

Beginning / A water projection (Grzegorz Nowiński, 2012)

En 2012, un grand nombre d'illuminés prédisent la fin du monde le 21 Décembre. Un contre-mouvement voit alors le jour, sous la forme d'un événement intitulé "Revocation end of the world". En introduction, le public a alors la chance d'assister à une histoire de l'univers condensée en 4 minutes, stylisée, sur un mur d'eau géant ! Chose remarquable, cette animation de qualité a été réalisée en... 2 semaines ! Enjoy...


Bonus 1: Des graphiques trop stylés en vrac

De belles histoires de l'univers à accrocher dans vos toilettes.

  • Open University / BBC (en anglais) : à télécharger en pdf ici


  • Fermilab (en anglais): à télécharger en haute résolution avec plein d'autres graphiques trop swag  ici
  •  CERN (en français) : à voir en grand ici

  • Scientific American (en anglais): graphique en 3 parties ici
  • ESA (en anglais): à télécharger ici

  • Université de Californie, Berkeley (en anglais): par là!


A noter que cette liste est loin d'être exhaustive ! N'hésitez pas à m'en faire découvrir :)

Bonus 2: History of the Minecraft universe (MasterYangLi, 2012)

De loin ma création préférée dans l'univers du célèbre jeu de construction, cette animation retrace avec humour les grands moments de la cosmologie Minecraftienne, du Block Bang au vivant, curieusement parallèle à la notre...


Bonus 3: le générique de "The Big Bang Theory" (Barenaked Ladies, 2007)

L'essentiel est là, difficile de faire plus condensé, non?